Vaccination anti-Covid en Afrique : Il est temps d’avancer vite !

Un variant du Covid très offensif, un nombre infime de vaccinés et une opinion et des pouvoirs publics réticents, une veille sanitaire perfectible et un système de santé fragile… Cela fait un an et demi que l’OMS a peur pour l’Afrique. Un an et demi que l’on se réjouit, à juste titre que l’Afrique ait été préservée. On a trouvé des raisons objectives à cela. Mais le temps, le virus, son évolution risquent fort de donner tort à ceux qui s’en réjouissent, parfois au point de nier la réalité de la gravité de la situation. Retour sur la situation inextricable dans laquelle se retrouve le continent africain. Etat des lieux… et esquisses de solutions.

  1. L’Afrique, le continent le moins vacciné du monde

Le Monde est revenu dessus le 10 juillet 2021 avec cette carte du monde qui pourrait se passer de commentaires. Le continent africain, le moins touché dans le monde est aussi, et de loin, le moins vacciné. Les pays du Nord ont mis le temps, trop de temps. Celui de vacciner en premier sa propre population. Puis celui de se rendre compte, tardivement, que, pour une fois, l’humanité avait un problème commun. Si nous ne le résolvons pas ensemble, il ne se résoudra pas. Le programme Covax fut créé assez tôt. Malheureusement très peu de vaccins en émana. La Chine, comblant comme toujours le vide laissé, a diffusé assez largement son vaccin dont l’efficacité est mise à caution. Enfin, Biden et les autres pays développés, se sont dits qu’il était temps d’avancer. Des millions de doses commencent à arriver. Mais la pression doit continuer. Cela ne résoudra pas le problème, nous le verrons plus bas. Mais au moins, cet argument ne servira plus à cacher d’autres réalités.

2. L’Afrique du Sud au sommet de son pic de contamination

L’Afrique du Sud et avec elle, ses pays voisins connaissent actuellement un pic de contamination. La cause: non pas le variant que l’on avait immédiatement nommé “sud africain” mais le delta. Plus contagieux, il se répand dans le monde plus vite encore que les précédentes versions du Covid. L’Afrique du Sud avait pourtant été le pays africain le plus touché officiellement. L’existence de très grandes villes, la forte présence de facteurs de comorbidités au sein de la population urbaine, le manque structurel de distanciation sociale en ville, ont permis à l’épidémie de se répandre et de sévir. 64000 sud africains sont morts aujourd’hui. Et pourtant, la vaccination n’avance pas. La prise de conscience commence à peine à émerger. Pourquoi ?

3. Pourquoi pas de prise de conscience de la dangerosité du Covid en Afrique ?

Le continent est habitué des épidémies et des virus. Elles sévissent depuis toujours, parfois dans l’indifférence internationale: le paludisme, le sida, le choléra, la fièvre jaune et parfois quelques émergences d’Ebola. Toutes ces maladies sévissent, détruisent des vies, freinent le développement aussi. Mais les étrangers savent s’en protéger. Des traitements existent parfois, chers. Elles font finalement partie de la vie. La mortalité infantile dans certains pays est 10 à 20 fois supérieures à celles des pays du Nord. Alors, ce Covid au final, faiblement létal, frappant plus les pays développés ou très peuplés, occidentaux pour la plupart, est apparu comme une maladie de plus, et pour une fois une maladie qui ne toucherait que très peu l’Afrique. Dans ces conditions, comment les populations pourraient elles en avoir peur?

Un vaccin, chose historique, a été trouvé en moins d’un an, il est terriblement efficace et forcément suspect. Même dans les pays développés, les anti vacs comme on les appelle, crient au complot, à la grande machination, à la conspiration contre les minorités gênantes ou à la crainte de capter la 5G contre son gré. Ces arguments ont eu un écho important dans les pays développés mais l’Afrique n’est pas coupée du monde. Elle a reçu ces messages, elle en a émis également. Alliés inattendu, des présidents africains ont relayés ces craintes. A Madagascar ou en Tanzanie, le pouvoir a nié l’épidémie ou rejeté son vaccin. Cela laisse des traces qui seront difficiles à effacer. Toutes les études prouvant l’efficacité du vaccin sont balayées ou tues. Et l’on regarde ailleurs, en espérant que le Covid disparaisse comme il est arrivé. C’est une erreur terrible dont le continent risque de payer un lourd tribu.

4. Le prix de la non vaccination

Mais dans le contexte présenté ci-dessus, il est fort à parier que les doses vaccinales ne trouveront (pas encore) preneur. La position visant à supprimer ou suspendre les brevets est aussi une bonne piste. Mais le temps de mettre cela en route, où en sera l’Afrique.

Dès le premier semestre 2021, les prévisions économiques montraient que l’Afrique serait le continent qui verrait son PIB le moins augmenter dans le monde. Pourtant, il s’agit du moins touché. Mais aussi du moins vacciné. Et de celui, qui paradoxalement a pris des mesures très rapides en 2020, alors même que les cas étaient très rares. L’Afrique a donc subit les effets du Covid du fait de son anticipation, de la fermeture du monde pour finalement ne subir ses vagues officielles ou souterraines après les autres.

5. Le rôle du tourisme et des acteurs du tourisme

Tétanisés par la puissance sur les réseaux sociaux des antivacs sur le continent (comme ailleurs), les acteurs, officiels ou non, du tourisme ont préféré faire la promotion de leur zone, de leur hôtel, de leur plage ou de leur beauté plutôt que d’être les acteurs d’un mouvement de vaccination qui est, aujourd’hui, la seule arme pour les sauver. Combien de guides, d’hôtels, de personnels sont dans la misère depuis 2 ans? Combien ont perdu tout espoir, ne bénéficiant d’aucune aide? Face à cette situation, des offices du tourisme, dont l’office du tourisme sud africain, ont dépensés des millions au printemps pour demander à une société de relations publiques de faire la promotion de leur pays. Et cela, au moment même où le placement de l’Afrique du Sud sur la liste rouge était notoirement inévitable. Des millions pour parler de leur destination, du rêve qu’elle représente; alors que la réalité, c’est un virus qui avance et frappe une fois de plus. Condamnant à une attente sans fin un secteur touristique, qui dans nombre de pays représente entre 10 et 15% du PIB.

Cet aveuglement tend à se dissoudre, enfin, aujourd’hui face à la situation qui se présente en Afrique du Sud et ses pays voisins. D’autres pays, tels que le Rwanda ou l’Ouganda se referment. Certains comme le Kenya, se font discrets, encore relativement préservés. Pour combien de temps. Peu à peu, les pays d’Afrique sub saharienne passent dans la liste des pays rouge. Même des pays désertiques comme la Namibie, qui n’a que deux villes dignes de ce nom, est passé en rouge. Cela est un signe… il faut une solution pour s’en sortir, ne pas attendre la fin des vagues en espérant que ce soit la dernière. Une solution existe et l’Afrique doit s’en saisir, même si pour l’instant, elle n’a que peu souffert au niveau sanitaire. Elle souffre beaucoup trop, au delà de l’acceptable, au niveau économique… donc social, donc humain.

6. Une solution: la vaccination

Aujourd’hui, nous le voyons dans les premières études et les premiers résultats post Variant delta. La vaccination est LA seule solution. Même en Afrique. Si le continent veut repartir, si il veut revenir dans le concert des nations, éviter des vagues de nouveaux variants. S’il veut éviter d’être écarté, d’être condamné à attendre les vagues ou générer des variants toujours plus imaginatifs: la vaccination est la seule solution. Pour cela, l’aide doit d’abord venir de l’extérieur: pas seulement l’envoi de vaccins mais aussi aider dans la mise en place de la logistique qui pour certains vaccins, les plus efficaces, est la clé d’une distribution réussie. Elle doit aussi et surtout venir de l’intérieur: des gouvernements qui agissent, tapent du point sur la table, se font entendre, prennent conscience de l’urgence. La société civile aussi, les acteurs du tourisme mais pas seulement, les influenceurs, les médias doivent aussi prendre leur part, s’unir et unir leur voix pour promouvoir cette unique solution, la réclamer, la crier.

On sait que le Covid frappe prioritairement les villes et les grandes. L’Afrique a cette chance d’être le continent le moins urbanisé au monde (43% contre 75% en Europe ou 82% en Amérique du Nord). Agir en ville, massivement est indispensable. Mais une chose est certaine: en supposant que l’Afrique finisse par avoir suffisamment de doses et ce sera le cas d’ici fin 2021 ou début 2022, le problème ne se résoudra pas sans les populations, que ce soit par l’obligation ou la conviction, la sortie du Covid ou la vie sous Covid ne semble être possible qu’à ce prix. Il n’est pas trop tard. Mais il est temps !

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