Afrique, un été entre espoir et incertitudes

Le monde occidental s’ouvre peu à peu, aux vaccinés tout d’abord puis aux autres progressivement. Le progression de la vaccination et la baisse du nombre de cas expliquent cette ouverture. Dans ce domaine comme dans bien d’autres, les inégalités sont criantes et l’Afrique en est l’une des victimes. En cause le manque de vaccins, mais pas seulement. Etat des lieux, conséquences et risques possibles.

Le manque de vaccin

Les vaccins sont arrivés très tardivement sur le continent. Même un pays comme l’Afrique du Sud, qui a testé puis produit nombre de vaccins, ont commencé tardivement leur campagne de vaccination. Et quand bien même, cette campagne commence très (trop) lentement. Les voix s’élèvent, certes tardivement, mais bon. Celle du G7 récemment, qui s’engage à donner de nombreuses doses aux pays du Sud. Celle de Macron, Biden et d’autres qui ont conscience que l’épidémie est mondiale et que l’humanité toute entière doit agir de concert. Cela est d’autant plus évidemment que les pays du Nord sont désormais très vaccinés et donc presque protégés, mais sous la menace de variants, venant du Sud. Donc si l’altruisme semble très intéressé, il risque cependant de se heurter à des résistances des pays du Sud… pas simples à contourner.

La résistance au vaccin en Afrique

On l’a vu au Sénégal, mais aussi dans un grand nombre de pays africains, le manque de doses n’est pas la seule raison du très faible taux de vaccination de la population. Pour exemple, le Sénégal. Ce pays à la politique sanitaire remarquable et à la recherche scientifique remarquée, a été l’un des premiers à lancer sa campagne de vaccination en mars… mais depuis avril, le nombre de vacciné plafonne entre 400 et 500000 vaccinés… trop peu. On ne peut pas dire que le gouvernement n’ait pas eu une politique volontaire, mais d’autres éléments expliquent ce plateau:

  • L’Afrique a été très peu touchée officiellement

Avec 3,8% des cas déclarés Covid (5 millions de cas) dans le monde et 3,5% des décès (136K) liés au Covid, le continent africain dans son ensemble fut préservé par la vague mondiale. Si l’OMS et les médias du monde entier prédisent la catastrophe sur le continent depuis mars 2020. Le fait est que la catastrophe n’est pas arrivée. Si l’on peut parfois douter des systèmes de veille sanitaire, les faits sont là et l’on sait que si les choses étaient devenues compliquées, cela aurait transpiré. Les raisons émises depuis lors est la jeunesse évidente de la population et la rareté des comorbidités qui favorise les formes graves. Et le continent est aussi toujours très touché par d’autres maladies comme le paludisme, le Sida, la fièvre jaune et quelques autres maladies qui se répandent de temps à autre.

La mortalité infantile est deux fois plus importante en Afrique (1 pour 13 avant 5 ans) qu’en Europe (1 pour 27). Le Covid est donc apparu, et c’est assez logique, comme une maladie secondaire, invisible, inoffensive par rapport à bien d’autres. Et pourtant, la plupart des gouvernements ont pris cela au sérieux, instaurant des quarantaines, fermant leurs frontières, bref agissant autant qu’ils le pouvaient… avec de terribles conséquences sociales. Mais qu’en est il de la sensibilisation des populations.

  • La résistance des populations

Les discours complotistes ont eu beaucoup de portée sur le continent. La faiblesse des conséquences sanitaires, la position très contestable de certains présidents (en Tanzanie ou à Madagascar), et les discours de toute sorte diffusés sur les réseaux sociaux, bien plus puissants que les médias locaux, ont fini de convaincre beaucoup que cette maladie était une maladie du Nord (en faisant abstraction des sud américains) et que son remède était forcément suspect. Ajoutez à cela un autre paramètre: on sait que si les chiffres de l’épidémie sont bas (ce qui reste le cas), le nombre de personnes souhaitant se vacciner baisse de manière drastique. Dans ce contexte, et sans mesure forte des gouvernements et de la société civile, il est à craindre que le continent reste longtemps non vacciné.

La situation aujourd’hui et en 2021

L’Afrique Australe est en train d’entamer toute seule, sa troisième vague depuis quelques semaines. Le nombre de cas augmente, de décès également. Mais toujours pas dans des proportions dramatiques. Cependant, l’exemple indien devrait appeler à la prudence. Les indiens (leur gouvernement) se croyait à l’abri du Covid pour des raisons assez similaires à celles expliquées plus haut pour l’Afrique. Puis un variant est arrivé et avec lui une catastrophe sanitaire, certainement sous évaluée au niveau statistique. On n’espère pas une telle situation en Afrique, et l’on peut encore espérer que l’immunité obtenue dans un grand nombre de pays (2,3 milliards de premières doses administrées) désamorce l’épidémie. Mais on peut aussi craindre (comme malheureusement les craintes se sont souvent confirmées depuis un an et demi), que le manque de vaccinés favorise l’émergence de nouveaux variants et fassent plonger le continent… et le reste du monde dans l’abyme.

Malgré des faibles conséquences sanitaires, des conséquences économiques dramatiques

La plupart des pays du continent n’ont pas eu d’autres choix que de maintenir leur économie domestique ouverte. Mais ils ont subi de plein fouet les conséquences du ralentissement de l’économie mondiale. La baisse de la consommation, notamment de matières premières, la baisse des échanges, ont touché de plein fouet l’économie. Par ailleurs, les prévisions de croissance économique sont deux fois plus faibles en Afrique que dans le reste du monde (3,4 contre 6% dans le reste du monde). Les états n’ont pas eu les moyens que les pays dits développés ont mis en place. Les entreprises, le marché informel (important) sont demeurés sans aide. L’un des pays aux statistiques les plus fiables, l’Afrique du Sud estime que son taux de chômage est passé de 27% en 2019 à plus de 40% en 2021. cela laisse deviner la casse sociale et les risques que cela peut entraîner à moyen terme… politiquement.

Et le voyage en Afrique dans tout cela ?

De nombreux pays africains ont une forte dépendance de leur économie au tourisme. Plus de 10% de leur PIB en dépend. Les pays d’Afrique Australe, d’Afrique du Nord ou d’Afrique de l’Est sont largement concernés par l’effondrement du nombre de voyageurs. Assez peu actif dans le lobbying indispensable pour l’ouverture des frontières des pays du Nord, la plupart du continent (à l’exception de l’Afrique du Sud) est classé en “orange”. Cela est un moindre mal et permet déjà aux vaccinés occidentaux de retourner en Afrique.

Par ailleurs, la plupart des voyages notamment en Afrique de l’Est et Australe, sont des voyages organisés autour de la nature (safari), en plein air et normalement privilégiant par définition la distanciation sociale. Il est donc fortement conseillé, si vous êtes vaccinés, de partir en Afrique, tant la fréquentation touristique est faible et les sensations sont fortes… uniques même. Des zones comme le cratère de Ngorongoro, devenues de hub du tourisme presque de masse, ont retrouvé la tranquillité des débuts du tourisme. Les prix demeurent encore maîtrisés. Les opérateurs locaux, fortement impactés par la crise, se referont une santé, et si le niveau de service va forcément baisser légèrement, la joie du retour “à la normale” va avoir des conséquences extraordinaires pour le voyageur.

Et après ?

Si la page de la pandémie de Covid se tourne en 2022, les prix vont inévitablement augmenter. Et augmenter nettement. Il est probable que la demande augmente par une sorte d’effet de rattrapage mais aussi que les entreprises (hôtels, prestataires, agences) cherchent à se “refaire” et rattraper les énormes pertes subies pendant 2 ans. Donc, un conseil dans l’immédiat, si vous êtes vaccinés, et que vous pouvez vous le permettre, il vous faut partir dès cette année. Après, le tourisme en Afrique demeure une industrie d’avenir, qui s’oriente souvent vers un développement équitable. Donc, l’avenir sera merveilleux, nous l’espérons. Il s’agit cependant, maintenant, de gérer le présent et trouver un moyen de convaincre les africains que le vaccin est, semble t’il pour eux aussi, leur seul salut.

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