Tanzanie, de destination cachée à pays mainstream ?

Tanzanie, de destination cachée à pays mainstream ?

La Tanzanie fait partie de ces pays africains devenu star des voyages en Afrique. Depuis 25 ans, les voyages dans ce pays n’ont cessé de croître mais l’histoire des voyages en Tanzanie est pavée de stratégie marketing involontaire et de malentendus qui l’ont mené à devenir l’une des destinations majeures du continent. Comment cela s’est-il produit ? selon quelle chronologie ? et pourquoi, un pays sans stratégie officielle s’est hissé au sommet ? Quelles en sont les conséquences aujourd’hui ? Comment échapper au mainstream tout en continuant d’aller en Tanzanie ?

Le début des années 90 sonnent le début du voyage de masse et parallèlement du voyage sur mesure. La plupart des opérateurs en Tanzanie datent de cette époque. Beaucoup ont commencé avec quelques 4X4 et aujourd’hui sont devenus de véritables machines à safari. Car la Tanzanie est un pays de safari-vision (comme on dit) mais aussi de plage avec le mythique archipel de Zanzibar. La Tanzanie existait à l’ombre du Kenya, inventeur du safari moderne. Les vols directs vers Nairobi, une industrie hôtelière importante, des infrastructures parfois insuffisantes mais existantes et permettant la circulation de minibus, tout cela a permis au Kenya de se développer tout. La Tanzanie est demeurée très longtemps la destination faussement secrète des voyages de noces et de ceux qui voulaient le Kenya moins la foule… Ce pays s’est ainsi développé sur un malentendu qui a perduré. Celui d’un pays off the tracks, inconnu. Le Kenya communiquait et sa communication, souvent maladroite, pour ne pas dire ringarde bénéficiait surtout, pour le tourisme à haut revenu, à son voisin tanzanien. Les deux pays se livrèrent et se livrent toujours une guerre sans merci… la difficulté de passer du Serengeti au Masaï Mara en témoigne… impossible de traverser la frontière, un détour coûteux et long en dissuade les candidats.

Aux gros resorts de brousse, la Tanzanie opposait des lodges de charme (et pas seulement d’ailleurs mais telle était son image), aux gros hôtels de bord de mer de la côte Kenyane, Zanzibar offrait une authenticité charmeuse. Mais à force d’accueillir des voyageurs, à force de dévoiler ses merveilles, le bouche à oreille a fait son œuvre avec un effet accélérateur ces dernières années… Les pistes se sont améliorées, les lodges se sont bâtis, des zones comme les alentours du cratère de Ngorongoro et la petite ville de Karatu sont devenus des hubs, Arusha, une capitale régionale tournée autour du safari. Le goudron a facilité les liens vers Tarangire, Manyara et Karatu, facilitant les trajets. Les avions de brousse toujours plus nombreux approvisionnent les lodges de luxe qui se sont multipliés. Car si la Tanzanie s’est développée, cela n’a guère fait baisser les prix… on peut être malin mais rarement un prix abordable permet de découvrir agréablement le Nord de ce beau pays.

La Tanzanie est un grand pays, une fois et demi plus grand que la France ; mais seulement une infime partie de son territoire attire les foules, le Nord. Du Serengeti à Ngorongoro, du Kilimandjaro (dont le sommet est en Tanzanie) à Manyara ou Tarangire, cette petite région, sans aucun doute aussi la plus belle et impressionnante est la destination de 95% des voyageurs dans ce pays… Alors comment faire pour échapper à la foule dans ces paysages de rêve ? où aller en Tanzanie pour vivre la promesse qui était faite au début de l’histoire des voyages dans ce pays ?

Malheureusement, il faut éviter le cratère de Ngorongoro, plus grand cratère fermé au monde, une merveille de la nature, donc le fond est aussi grand que Paris intramuros. Pour éviter la foule, il faut soit ne pas y aller, soit y aller dans les saisons creuses (mars, avril ou mai), soit se contenter d’admirer le paysage depuis les bords du cratère perchés à plus de 1000 mètres au-dessus. Tenter le cratère en saison, c’est être déçu, parechoc contre parechoc, luttant pour voir un animal entre les 4X4 en lutte ou faire la queue à l’entrée de la Gate. De même, dans certaines zones du Serengeti, il faut éviter les zones où des lodges importants se situent (Seronera principalement)… fatalement des lodges de 80 chambres complets déversent chacun 30 à 40 4X4 sur les pistes, chacun… dans des zones vastes mais au final où tout le monde se retrouve.

Dans le Nord si prisé, il existe cependant des zones encore préservées car difficiles d’accès ou simplement peu pourvue en lodge. Le Lac Natron par exemple, au Nord du Cratère et au Sud de la frontière kényane fournit des paysages somptueux, au cœur de l’authentique pays masaï… certes peu d’animaux, mais la solitude et des paysages semi désertiques, des volcans (Ol Donyo Lengai encore en activité) et une nature au comble de l’état primitif. La région d’Olduvai, entre le cratère et le Serengeti, est située au cœur du mainstream, mais peu de lodges s’y sont basés ; et pourtant sa situation centrale, son site paléontologique et la beauté objective de cette région peuplée aussi de Masaï en fait un incontournable fabuleux. La région Nord du Serengeti, le Lobo et au-delà, est aussi merveilleuse. Excentrée, elle est prisée de Juillet à décembre mais peu d’élus… peu de lodges, excentrée, cette région belle, sauvage et peu fréquentée demeure un must. Plus on va au Nord, plus les 4X4 se font rares. On choisira aussi les concessions privées comme celle de Grumeti, très riche en faune, qui accueillera des lodges de folie (Singita) et d’autres plus simples (Grumeti Tented Camp).

Mais il existe sur le continent, en Tanzanie continentale d’autres zones que les voyageurs boudent, parfois à raison, car elles sont hors d’atteinte financièrement ou physiquement ; celle de Mahale, connue pour ses populations de chimpanzés, nécessitent d’y séjourner au moins 3 nuits, c’est long… et c’est cher. Mais le lodge, perdu au milieu de la jungle le long d’un lac, offre l’exclusivité des premiers amateurs de safaris. La région Sud avec principalement Selous et Ruaha sont des réserves à l’écart, souvent accessibles seulement par avion et pas toujours très abordables… elles offrent aussi de belles sensations mais leur taille importante et leur nature, plus riche que les plaines ouvertes du Nord, ne permettent pas de voir énormément d’animaux… ainsi les primo accédants au safari seront déçus quand les amateurs expérimentés y trouveront leur bonheur.

Enfin, Zanzibar. Noël approche et Zanzibar est pleine comme la côte d’Azur en début août… alors comment échapper à cette foule, alors que les hôtels de toute taille s’y sont bâtis et que les charters y atterrissent désormais. Zanzibar est un archipel mais l’on considère Unguja, l’île principale comme étant Zanzibar. Cette île desservie depuis la Tanzanie et de plus en plus depuis l’étranger regorge d’hôtel le long de sa côte Est, Nord et Sud. Si l’on veut éviter les foules, choisir un petit hôtel dans le Sud ou le Sud Est, et ne pas en sortir demeure le meilleur moyen d’espérer de l’intimité. Mais on recommandera aussi la vieille ville, un peu abîmée mais qui permet de rester dans une ambiance urbaine, animée et de choisir où aller librement (ou presque) selon ses envies… et le soir, d’avoir le choix de ses tables. Mais si l’on recherche réellement la solitude balnéaire on choisira d’autres îles de l’archipel, Pemba, où quelques beaux hôtels existent mais ils sont peu nombreux et pas vraiment simples d’accès. Et Mafia Island, plus au Sud, paradis des plongeurs à sensation, moins belle mais tellement plus sauvage.

La Tanzanie est loin d’avoir atteint son maximum mais les voyageurs ont le mauvais goût et surtout souvent l’obligation, de partir comme tout le monde, au même moment. Le diktat du voyageur (tu as été là ?) impose de parcourir telle ou telle zone. Et enfin le budget décide souvent les moins fortunés de tenter l’aventure dans des zones sur fréquentées… Il existe des recettes simples mais compliquées à mettre en œuvre : prioriser ses envies, voyager hors saison, ne pas avoir peur des soi-disant saisons des pluies (le changement climatique sévit aussi et malheureusement les saisons humides le sont beaucoup moins) et autant que possible en dehors des périodes de grands rush… facile à dire vous me direz. Sinon, si vous n’avez pas le choix, allez dans des zones plus confidentielles, roulez plus longtemps, bougez moins… Ce pays est merveilleux, ce serait tellement dommage d’en revenir frustrés voir malheureux…

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