Tanzanie (élection, Covid, voyage) : un pays sur la brèche

Tanzanie (élection, Covid, voyage) : un pays sur la brèche

Depuis quelques années, la Tanzanie entreprend en toute discrétion un chemin nouveau et certains diront périlleux. Un article dans le Monde s’émeut avec Amnesty International du risque de basculement du pays. Les lois et décisions prises ces dernières semaines semblent démontrer un risque autocratique de la part du président Magufuli. Retour sur un chemin périlleux entamé par ce pays qui pourtant a tous les atouts pour réussir.

Aux origines

Peu après son indépendance, le Tanganyika et Zanzibar s’unissent pour créer la Tanzanie en 1964. Ce pays de prés de 2 fois la taille de la France et peuplé aujourd’hui de 60 millions d’habitants est très souvent en dehors des radars médiatiques et il s’en accommode bien. Ce pays est né avec un grand homme Julius Nyerere, père du socialisme africain et l’une des figures les plus remarquables de l’Afrique post coloniale. Pendant plus de 20 ans, il dirigera ce pays en s’impliquant aussi dans les grandes causes africaines qu’il soutiendra, de la Rhodésie à l’Afrique du Sud, du Congo au Mozambique, Nyerere est présent partout, il soutient les mouvements de libération. Soutenu par la Chine, bien avant que la mode affirme veuille que la Chine ait “découvert” l’Afrique, les belles idées dominent son temps. La réalisation est évidemment et comme toujours décevante. Mais en 1985, le fait qu’il quitte le pouvoir de son plein gré a contribué à construire un mythe, voire une légende. Mais il est un fait et c’est à son crédit, la Tanzanie est aujourd’hui un pays démocratique. Et c’est bien ce qui rend la situation d’aujourd’hui assez inquiétante.

Une économie singulière

Si la Tanzanie est principalement connue pour ses grands parcs animaliers du Nord ou les plages de Zanzibar, prés de 70% de la population vit de l’agriculture et les principaux revenus proviennent de ce même secteur ainsi que du secteur minier (or, diamant et hydrocarbures notamment). Le tourisme ne représente pas plus de 4,5% du PIB (autour de 8% en France), autant dire pas grand chose, même si cette activité principalement concentrée autour d’Arusha et de Zanzibar, permet la préservation de zones sauvages extraordinaires qui attirent les voyageurs du Monde entier. Il est d’ailleurs toujours assez extraordinaire de constater que ce pays (relativement) très fréquenté a toujours eu une image de destination à la limite des sentiers battus contrairement à son voisin kenyan qui lutte contre une image de tourisme de masse qui lui colle encore à la peau (alors que le safari de masse est mort depuis quelques années).

La vraie vie économique se déroule autour de Dar es Salaam, la plus grande ville du pays, grand port posée sur les berges de l’océan Indien et la vie politique se concentre à Dodoma au centre du pays. Zanzibar se manifeste toujours lors des élections. Tout d’abord les aspirations sécessionnistes sont toujours très présentes. Le voyageur est toujours surpris par la différence avec le continent quand il débarque à Zanzibar après avoir vécu son safari dans le Nord. Beaucoup attribuent cela à un approche plus brusque, voire à la différence religieuse ou ethnique. Il n’en est rien. Le choc provient tout bêtement du fait qu’un safari se fait au milieu de nulle part et que soudain, on se retrouve dans une grande ville, bruyante, abrupte donc le choc est là. La réalité est que Zanzibar est beaucoup moins dure qu’elle n’en a l’air. Mais la réalité, c’est que lors des élections, les passions s’expriment clairement.

Elections, Covid – Le risque de dérive

Au 150ème rang (sur 188) sur l’indice du développement humain selon les Nations Unies, on ne peut pas dire que la Tanzanie soit un modèle de développement. Et jusqu’à présent, politiquement, on se fichait bien (au niveau médiatique occidental) de la situation de ce pays. La réalité est qu’avant le président Magufuli, la corruption était partout, très forte, diffuse et totale. Son arrivée au pouvoir en 2015 sonne la fin de la récréation pour de nombreuses entreprises locales et internationales dans le pays. Une chasse aux sorcières s’est ainsi déroulée ces dernières années. Les plus grands entrepreneurs étaient aussi les sponsors d’un régime au pouvoir depuis trop longtemps. Au début assez populaire, cette politique a malheureusement atteint ses limites. La lutte contre la corruption libère souvent des énergies négatives, c’est ainsi que l’opposition s’est organisée, profitant de généreux donateurs épuisés par les arrestations, enquêtes diverses et pression fiscale très forte. Magufuli a alors répliqué en réduisant la liberté d’expression à travers la presse. En édictant des lois discutables, peu à peu, l’espace de la liberté s’est réduit. Mais l’approche des élections qui auront lieu le 28 octobre prochain aggrave les tensions. Les suspicions de dérive autoritaire sont légion avec récemment la suspension pendant 7 jours de la campagne du principal opposant, Tundu Lissu.

Nous verrons donc bien de quoi cette élection accouchera même si la réélection de Magufuli fait relativement peu de doutes à ce jour. Mais, après, on fait quoi? La crise du Coronavirus a été géré d’une manière unique au monde. En effet, le 25 avril dernier, le président a décidé qu’il n’y aurait plus de nouveaux cas de Covid. Ainsi, les courbes suivies par les diverses autorités sanitaires mondiales sont depuis ce jour là… plates. C’est fini. Dans cette logique, le pays a été le premier à rouvrir aux touristes cet été et sans aucune nécessité de faire des tests PCR préalables. Quand on connait la nature des voyages dans ce pays et la relative faible densité de population (sauf à Zanzibar éventuellement, et encore car les gens vont principalement sur la côte), la décision ne semble pas si mauvaise même si elle est singulière. Le risque aurait pu concerner la population avec un réel risque sanitaire. Un article du Monde du 3 septembre dernier s’émouvait de cette situation, à bien des égards, discutable. Si le Quai d’Orsay déconseille les voyages en Tanzanie pour des raisons ridicules (faiblesse des infrastructures sanitaires, comme si cela était aggravé par la Covid, ce qui est faux), la Tanzanie n’a pas eu de charniers ou de scènes telles que celles vues notamment aux Etats Unis ou au Brésil. Certes, la Covid a frappé, mais assez peu et de manière, semble t’il assez éparse. La Tanzanie n’est pas la Corée du Nord, si des drames s’étaient déroulés, cela aurait transpiré… L’enjeu justement est de faire en sorte que la Tanzanie ne devienne pas une dictature; Faire en sorte qu’un pays et un régime peuvent résister à la tentation d’une telle dérive.

A suivre, bientôt

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