Satyagraha House déjà dans le monde d’après…

Satyagraha House déjà dans le monde d’après…

A compter du 1er septembre, la Satyagraha House rouvrira ses portes pour les sud africains et résidents qui sont désormais autorisés à voyager dans leur pays. Comme tous les hôtels du pays, la Satyagraha House a fermé ses portes fin mars pour ne rouvrir vraiment que maintenant… Mais cette période fut une réelle opportunité pour se projeter dans le fameux “monde d’après” que tout le monde appelle de ses vœux … sans réellement y croire (et parfois à raison).

Une rapide présentation: la Satyagraha House est la maison où Gandhi vécut en 1908, à Johannesburg, au moment des prémices de sa lutte par la non violence qui conduira son destin. Cette maison est devenue en 2011, après être passée par les oubliettes de l’Histoire, un musée dédié à la Satyagraha (résistance passive ou lutte par la non violence) et celle de son hôte, Gandhi et de son mécène et ami, Hermann Kallenbach. C’est aussi devenu une maison d’hôte, de 7 chambres au cœur et autour de la maison. Située dans le quartier d’Orchards, non loin de Norwood ou Houghton (connu pour avoir été le dernier quartier de Nelson Mandela), cette maison a connu depuis 10 ans un parcours assez unique … Classée patrimoine de la ville de Johannesburg et de la province du Gauteng, elle est devenue un lieu de visite incontournable (top 10 des attractions touristiques de la ville selon Trip Advisor) et un lieu de séjour assez singulier.

Avant la période du confinement, les principes qui régissaient la maison étaient déjà: le végétarisme, pas d’alcool, et avoir une approche la plus éthique et durable possible dans tous les domaines… Sur ce dernier point, il a fallu composer et aussi évoluer… Mais la crise que nous venons de traverser va permettre à la Satyagraha House d’aller encore plus loin. Les principes de bases de cet endroit sont avant tout la fidélité au message fondateur et à l’homme qui vécut ici, mais aussi l’excellence du service tout en restant un hébergement simple mais raffiné.

Si les cosmétiques utilisés étaient déjà tous issus de la nature et sans produits chimiques, cela a permis aux produits utilisés dans les chambres ou lors des massages, d’être irréprochables grâce à la collaboration de la marque sud africaine, Africology. Puis pour les thés, la marque Yswara a conçu spécialement pour la maison, un thé africain, raffiné, sans théine, celui que Gandhi aurait aimé selon nos recherches. Pour les aspects sociaux, dès le début, la politique sociale voulue par le propriétaire (Voyageurs du Monde) se devait d’être totale (salaire supérieurs de 50% à ceux du marché, couverture médicale totale et retraite incluse). Mais dans ce paysage idyllique il restait encore des points imparfaits, aujourd’hui on dirait même indignes.

La consommation d’énergie, la gestion du plastique, l’origine et la composition des produits d’entretien et alimentaire, le contrôle des fournisseurs divers (transferts, travaux, entretien, blanchisserie, gardiennage …) et la plus forte insertion dans le tissu local en soutien de ceux qui agissent. Cette période unique a permis et va permettre à ce lieu atypique de se réinventer.

Profitant de cette inactivité forcée, tous ces éléments ont été revus:

Un audit de consommation d’énergie est en cours; la Satyagraha House est déjà chauffée par un système de géothermie mais la technologie a évolué depuis 10 ans et de nombreux axes d’économie sont encore possible sur le chauffage de l’eau et des lieux, l’utilisation de la lumière (importante dans un musée); si toutes les lampes fonctionnaient déjà en LED moins consommatrice, on devait encore travailler sur ce point, pour trouver le juste milieu entre confort des hôtes et des visiteurs et maîtrise de la consommation d’énergie… Un système de panneaux solaires permettant de compenser les faiblesses du systèmes sud africains et baisser la consommation (sachant que l’énergie sud africaine est produite, comme en Allemagne par des centrales thermiques (à charbon)). L’eau est également un sujet en Afrique du Sud et s’il doit encore être pensé, la présence de deux citernes récoltant les eaux de pluies de l’été paraît suffisant pour l’heure.

Le plastique avait déjà été largement éradiqué mais il fallait encore travailler sur des détails; notamment le stockage de l’eau potable (sachant que l’eau de Johannesburg est excellente) et le moyen de la servir tout en rassurant les clients, l’utilisation de pichets ou de bouteilles en verre consignées. Mais le plastique se cache surtout dans ce qui est invisible: les achats qui sont réalisés (alimentaire et autres); le cellophane et les autres emballages qui sont ôtés avant d’être servis ou utilisés. Pour cela, il a fallu changer la façon d’acheter.

Cela nous amène à l’alimentaire; des repas y sont servis le midi et le soir, le matin aussi pour les hôtes. Une partie des aliments est fourni par le potager, réalisé sans produits. Mais le reste est acheté dans des boutiques proches avec parfois une “souplesse” sur leur provenance. Cette période de confinement a permis de complètement revoir les sources d’approvisionnement alimentaires; une ferme en permaculture dans le 58 Craddle fournira la Satyagraha en produit bio et de saison; d’autres partenariats avec des fermes de ce terroir vont permettre de fournir à la Satyagraha House, des produits sains, locaux et de saison… Des écarts seront encore possibles en utilisant des fruits de la région du Cap… ce serait tout de même absurde de ne pouvoir profiter du jardin de l’Afrique du Sud… Mais toujours en respectant la façon dont ils sont cultivés et aussi (et c’est important en Afrique du Sud), la manière dont le personnel agricole est traité.

Bien d’autres sujets sont apparus et ont reçu leur réponse adaptée aux solutions de notre époque; mais je terminerai avec le transport routier. L’Afrique du Sud est assez rétrograde voire carrément ringarde en terme de transport à faible empreinte carbone. Le parc de voiture électrique ou à hydrogène est quasi inexistant. Dans ces conditions, difficile de trouver des solutions alternatives au moteur thermique. Mais le confinement a permis d’avoir du temps et le temps de trouver un acteur minuscule qui propose de transferts en véhicule hybride. On se contentera de cela. Mais ces recherches, comme celle sur le solaire, montre combien l’Afrique du Sud mais pas seulement, dispose d’une conscience environnementale limitée… malgré les apparences liées à la préservation des espèces. Cela part d’une réalité mais aussi d’une certaine perception propre au continent. Le continent africain est globalement moins pollué, plus grand et encore relativement peu peuplé. Etant encore en phase de développement, la conscience écologique n’est pas souvent prégnante ni considérée comme prioritaire. Toutefois, les grandes villes du continent sont déjà des monstres de pollution; leur croissance exponentielle et souvent incontrôlée deviendra une bombe pour ses habitants, si ca ne l’est déjà, notamment dans les quartiers populaires.

Bien des choses et des opportunités vont se présenter pour cette belle maison nichée au cœur des jacarandas de ce quartier inconnu de Johannesburg… pour l’instant, cette maison qui s’offre le plus souvent aux étrangers pour y dormir mais aux sud africains pour la visiter, va s’offrir à son peuple que ce soit pour une nuit, une journée en télétravail ou une simple visite au sein de son jardin d’essences africaines… Une nuit au musée, dont les murs parlent et chuchotent à vos oreilles, cela ne se refuse pas… surtout que ce séjour peut être un voyage éblouissant dans le monde d’après dont on peut rêver… joyeux et bienveillant.

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