Quelques minutes à Saint Louis du Sénégal

Quelques minutes à Saint Louis du Sénégal

La journée est encore mûre et la chaleur intacte lorsque le pont Faidherbe montre sa belle perspective. Mon voyage du jour commence par la traversée d’un pont, qui fut, selon la légende, expédié là en 1897 suite à Coronavirus : La ville de Saint-Louis enrégistre son deuxième cas testé  positif.une erreur administrative. Une autre qu’il fut l’œuvre d’Eiffel et qu’il était le pont le plus léger du monde. Mais ce pont était bien destiné à Saint Louis, il n’est en rien l’œuvre d’Eiffel et il n’est pas si léger même s’il est « fait d’herbe ». De l’autre côté de ce pont de fer et d’acier, Saint Louis déjà se dévoile.

Sur la droite, l’hôtel de la Poste invite à l’arrêt. Et l’on entre immédiatement dans l’histoire de l’aéropostale. C’est d’ici en 1930 que Jean Mermoz réalisa la première traversée par avion de l’Atlantique Sud. Les liaisons aériennes se feront nombreuses, les drames aussi tant les accidents des pionniers de l’aviation étaient nombreux. C’est de Saint Louis que Mermoz partira pour ne plus revoir la terre. Dans l’hôtel on respire ce parfum de pionniers et aussi celui de quelques reliques. Mermoz en avait fait son port d’attache. On peut encore séjourner dans la fameuse chambre 128… qui a sans doute comme l’hôtel, perdu un peu de sa superbe. Les rues et ruelles appellent. Saint Louis a ceci de magnifique qu’elle est à la fois simple et multiple, évidente et terriblement cachotière.

Quelques calèches circulent déjà dans les rues, quelques voitures aussi et beaucoup de piétons. On y sent un parfum d’éternité et de modernité combiné… Saint Louis, une ville africaine construite par les français. On disait d’elle, qu’elle était le quartier latin de l’Afrique de l’Ouest. Difficilement joignable aujourd’hui depuis l’étranger malgré l’existence d’un aéroport moribond, elle se mérite. Les quelques heures de route qui la sépare de Dakar, la protège aussi d’un certain tourisme de masse… malgré elle.

On a immédiatement une envie : descendre de la voiture, flâner et se perdre dans ces rues parallèles et perpendiculaires. Saint Louis en son centre est posée sur une île coincée entre les deux rives du fleuve Sénégal. Saint-Louis du Sénégal - Home | Facebook

Quand on voyage à Saint Louis, on est immédiatement saisi par la beauté de l’architecture. Bizarrement et assez logiquement, j’y retrouve des airs de Pondichéry ou de quelques grandes villes des Antilles. Les façades sont sobres mais les grandes portes invitent à les traverser, entrer dans le secret des lieux, des sortes de riad haussmanniens. Ici, la légende rencontre l’histoire. La plupart des monuments et des demeures datent du 19ème siècle.

Alors marchons. La nuit commence sa première partie, celle durant laquelle le soleil se couche derrière la langue. Les murs et façades qui font face à la langue se dorent, les bars se font plus bruyant, les petits clubs de jazz se font plus sonores. Le Jazz parlons-en. Quel meilleur endroit au monde pour en écouter après la Nouvelle Orléans. Si le Jazz est une musique américaine née de la rencontre entre la musique des esclaves africains et celles des européens, elle trouve à Saint Louis une nouvelle inspiration, comme si le Jazz redevenait africain, comme s’il revenait à la maison. Ce n’est pas pour rien que le plus beau des festivals de jazz se déroule chaque année dans la ville (https://www.saintlouisjazz.org/). Un air de joie et de création et au-delà, la beauté transpire de cette ville. Ici une boutique de créatrice (https://ramadiawfashion.com/), là un vendeur de vieille photos et cartes postales, là un antiquaire, ici un restaurant (Aah la cuisine de Saint Louis), là une galerie d’art. Mais mon oreille m’attire vers le patio de La Résidence où un orchestre commence ses gammes. Puis après un verre de Bissap bien mérité, on m’amène visiter une maison de maître, celle d’une’ « grande famille » aujourd’hui désertée. Ici le Général de Gaulle a dormi. La cour intérieure est simple mais les pierres sont épaisses comme le poids des années sur cette bâtisse poussiéreuse.

Le long du fleuve, le Bou el Moghdad est posé sur les eaux calmes du fleuve qui pourtant se pressent de se jeter dans l’Atlantique. Ce bateau navigue entre Saint Louis et Podor, reliant l’histoire coloniale aux villagesVoyage Autour de Saint Louis - Sahel Découverte - Réservez en ligne de brousse des portes du Sahel. La soirée se termine sur une terrasse privée, dominant la ville sans la surplomber, dans la douceur d’une nuit Saint Louisienne, la musique de la ville semble être une symphonie entre chants et musiques, entre paroles et rêveries… L’heure de dormir.

Au petit matin, il est temps de quitter la ville élevée au rang de patrimoine de l’Humanité, pour rejoindre cette fameuse langue de sable et l’océan qu’elle cache. A l’arrivée sur la langue de barbarie, on est immédiatement saisi par la présence de ces grandes barques colorées qui assurent l’activité, matin et soir, de cet endroit. Mais je fus saisi par la beauté anarchique du cimetière des pêcheurs. L’océan ici est violent Sénégal : Saint-Louis décroche 26 milliards Fcfa pour lutter contre  l'érosion côtièreet le départ ou l’arrivée des barques fendant les puissantes vagues en témoignent. Les pêcheurs ont leur sépulture posée sur le sable. On y admire un enchevêtrement de filets de pêche, seule arme et outil de travail de ces forçats de la mer. La route de sable et de pierre continue et avance vers le Sud. La voie est sans issue possible, d’un côté le fleuve, de l’autre l’océan. Et au milieu ne persistent alors que quelques campements dont certains sont presque des hôtels (https://www.oceanetsavane.com/). Les plages sont immenses de ce sable fin. On peut enfin se poser, devant moi l’Amérique et derrière l’une des villes que je remporte avec moi, comme une œuvre que mon esprit ne cessera jamais de revisiter.

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