Comment attirer les voyageurs en Afrique de l’Ouest?

Comment attirer les voyageurs en Afrique de l’Ouest?

Si l’Afrique bénéficie à bien des niveaux et depuis quelques années d’un engouement sans précédent, l’Afrique de l’Ouest est encore la mal aimée des touristes. Pour quelle raisons ? Quelles sont les raisons d’espérer ? Quelles recettes il faudrait suivre pour espérer figurer sur la carte des voyageurs des années 2020 ? Voici de nombreuses questions, parmi d’autres que se posent les acteurs du tourisme ou gouvernants des pays d’Afrique de l’Ouest.

La sécurité :

C’est le préalable à toute venue importante de touristes. La sécurité est une notion prépondérante ; la vérité ici n’a qu’une place relative ; l’image, la communication, la réputation finalement sont autant de paramètres qui interviennent. Evidemment la diminution voire la disparition de la menace terroriste dans le Sahel, encore hypothétique, serait le point de départ d’un démarrage pour qu’enfin l’Afrique de l’Ouest prenne ou reprenne son envol. Si le Sénégal n’a jamais subi d’attaques, il a subi comme les autres, mais moins qu’eux, les conséquences d’une proximité toute relative avec le Sahel à risque… Les enlèvements au Bénin ont jeté l’opprobre sur un pays qui avançait pourtant vers un développement touristique… un nouvel aéroport, une approche novatrice et volontaire plus inspirée de l’expérience de pays anglophones du continent, aurait pu permettre au Bénin de décoller… ce sera pour plus tard. Le Mali, ancien joyau des voyageurs en Afrique, sera sans aucun doute celui qui décollera le plus vite mais il faut encore attendre et l’attente sera longue…

L’image :

Des pays de la région sont pourtant préservés des menaces, tels que le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Liberia ou le Togo. Et cependant, ils attirent aujourd’hui une rare clientèle, mélange d’afro américains en quête de leurs origines (Ghana, Liberia) ou d’expatriés ou d’afro descendants européens attirant leur famille pour découvrir des pays aux centres d’intérêt variés. Le voyage dit « solidaire » est aujourd’hui existant et se diffuse dans des villages et villes pour « rendre service » ; peu rémunérateur pour le pays, il n’est pas totalement inutile mais n’est pas une voie pour espérer du tourisme un développement significatif du pays. L’image « voyage » de ces pays est encore assez faible ; la cause : peu d’hébergement d’un niveau instagramable, des infrastructures encore limitées, des compétences encore en gestation, des acteurs encore débutants ou maladroits.

Les raisons d’espérer :

Le désengagement espéré et encore théorique de la France de ces régions et leur émancipation amènera sans nul doute des investisseurs nouveaux, au regard plus proche de celui des attentes mondiales… créer des zones, les marketer pour les rendre incontournables sera l’un des effets de leur venue. Comme jadis les grandes plaines d’Afrique de l’Est ou le Delta de l’Okavango, le charme réel ou supposé de Lamu ou Zanzibar, de nombreuses régions d’Afrique de l’Ouest peuvent espérer un décollage dans les années à venir ; la quête de nouvelles destinations est permanente et cette région d’Afrique arrivera bientôt dans le giron des amateurs de nouveautés. Le développement du tourisme de masse un peu partout va pousser les voyageurs à pousser plus loin la découverte, sortir des sentiers battus, rechercher une certaine vérité. L’Afrique de l’Ouest aura alors sa carte à jouer… mais le chemin est long.

Les recettes :

Le tourisme est en général (pas toujours) le résultat de politique plus vaste d’un pays ; les infrastructures, l’éducation, la santé (et la sécurité sanitaire), l’urbanisation maîtrisée, la préservation ou la création de son patrimoine naturel ou culturel sont autant d’éléments qui vont construire une destination ; si le retour des œuvres africaines sur le continent est bien organisé et donne lieu à la création de musée, ce sera alors un premier pas ; le fameux Zeitz Mocaa au Cap a mis l’Afrique du Sud sur la carte des grands amateurs d’art puis des autres (même si elle l’était déjà). Le patrimoine de ces pays est immense et les traditions parfois bien ancrées ; il s’agira de les préserver en offrant une découverte authentique et non du folklore mal présenté. La notoriété grandissante de l’histoire pré coloniale de ces régions, notamment grâce à Francois Xavier Fauvelle, doit aussi permettre l’émergence de lieux et de sites jusqu’alors ignorés pour rendre à ces régions l’épaisseur culturelle  Les investissements hôteliers notamment sont aujourd’hui réalisés pour attirer une clientèle locale argentée, expatriée ou pas, au goût parfois éloigné des standards touristiques branchés. Mais les boutiques hôtels et autres hôtels au charme raffinés existent ou peuvent exister. Mais pour cela, il faut attirer des investisseurs tels que les grands acteurs existants ailleurs sur le continent, le jour où des marques comme Singita, Six Senses, One & Only ou autres commenceront à regarder de ce côté du continent, la bataille sera proche de son issue. Le développement urbain enfin doit être maîtrisé ; les villes africaines et notamment en Afrique de l’Ouest, ont énormément à offrir mais leur développement anarchique parfois, la mauvaise gestion des flux de circulation (les bouchons incessants), le manque de vision urbaine ont un effet repoussoir alors même que ces villes devraient avoir un pouvoir d’attraction ; au même titre que les belles « marques » d’hôtels, les bons restaurants, les lieux de culture (musique, galeries, boutiques branchées) doivent communiquer plus encore. Aujourd’hui et depuis quelques années, l’Afrique est clairement attirante, certains diront tendance. Mais elle est tendance dès lors qu’elle vient en Europe ; aller en Afrique de l’Ouest doit devenir tendance.

Le cas d’école :

Le Rwanda. Le Rwanda est un cas assez intéressant. La communication très forte du gouvernement indiquant à tort ou à raison un réel décollage d’un tourisme haut de gamme, un patrimoine combo d’histoire contemporaine et de traditions ethniques et un patrimoine naturel symbolisé par les gorilles des montagnes, sont autant d’atout dont a bénéficié ce pays. Wakanda auto proclamé, ce pays n’est pas le paradis qu’il prétend être, mais il fait tout pour le devenir. Précurseur dans l’éradication du plastique, dans le développement d’un réseau de fibre optique, dans l’attraction des fameux gros investisseurs touristiques à image forte (Wilderness, One & Only, Singita), le pays s’est déringardisé très rapidement, devenant presque « tendance ». Reste que ce pays a opté pour un tourisme haut de gamme, fortement rémunérateur mais qui exclut le touriste moyen (sans dire massif) de son projet, ce qui peut s’avérer être, à terme, un calcul bien périlleux. Mais le Rwanda inspire…

Il existe une voie vertueuse, cette voie est longue et nécessite beaucoup de choses… c’est un projet à long terme. La démocratisation, le développement, l’augmentation du niveau de vie et de formation sont autant d’éléments qui sont le préalable à la naissance durable d’une destination touristique… mais l’Afrique de l’Ouest a un atout indéniable, elle peut offrir la vérité, se prémunir du fake et se réinventer pour éviter de rester la destination off des gens avertis, des « vrais » amoureux du continent, pour devenir des destinations comme les autres… en mieux.

 

Commentaire (1)

  • Merci Fabrice pour cette mise en avant de l’Afrique de l’Ouest !

    DOMINIQUE ANTOINETTE GISELE TOUVRON
    Répondre

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