Covid: Voyager en Afrique cet été… entre espoirs et certitudes

Covid: Voyager en Afrique cet été… entre espoirs et certitudes

Il y a 3 semaines, je me permettais d’espérer une reprise relativement rapide des voyages en Afrique. La France sortait à peine depuis une semaine de son confinement mais déjà l’espoir renaissait, au moins pour les acteurs économiques, en France, mais aussi ailleurs en Europe. Qu’en est il 3 semaines plus tard? Alors que l’épidémie est désormais “sous contrôle” dans notre pays, est il possible et réaliste d’espérer sortir de l’espace Schengen cet été? et de retourner particulièrement en Afrique? Voici un point sur la situation des principaux pays touristiques d’Afrique sub saharienne.

1) Le Covid touche t’il à sa fin en Afrique?

Il y a 3 semaines, je me réjouissais de l’impact très limité du virus sur l’ensemble du continent. On pouvait encore douter de la réalité des données, de la transparence des gouvernements et diverses autorités. Lequel des 54 pays allait oser montrer des statistiques inquiétantes? 3 semaines plus tard, où en sommes nous selon les données officielles ? Au niveau mondial, le nombre de cas clôturés augmente + vite que les nouveaux cas et le nombre de décès décroit de jour en jour et cela malgré la situation hors de contrôle qui est en train de se produire en Amérique Latine. En Afrique, pas de Bolsonaro ni de Trump. Les dirigeants africains souvent moqués ont été à la hauteur: pas de déclaration insensée, un confinement décidé très tôt et une approche assez sage de la situation; évidemment, chaque jour, des émeutes de la faim se produise un peu partout tant le confinement ou couvre feu condamne dramatiquement le secteur informel si important. Mais la gestion des gouvernants en ligne avec la tendance mondiale a déjà permis de ne pas en rajouter sur les préjugés liés au beau continent.

L’Afrique du Sud est le pays le plus touché, celui aussi où les tests réalisés sont les plus nombreux mais aussi celui qui dispose du meilleur système de santé; avec 43000 cas et 908 décès, le pays connaît une réelle augmentation de sa courbe de nouveaux cas depuis fin mai et le pays semble en route pour atteindre son pic. A ce stade, le nombre de morts demeure limité et ne semble pas prendre le chemin des autres pays industrialisés. Les nouveaux calculs faits sur l’immunité collective (qui mentionne que l’immunité collective pourrait être atteinte non pas avec 60% de la population mais beaucoup (beaucoup) moins), la meilleure connaissance de la maladie et finalement une meilleure maîtrise des protocoles et des soins, tout cela peut faire espérer que l’Afrique du Sud atteindrait son pic fin juin ou courant juillet… Le pays envisage de plus en plus d’ouvrir ses frontières en septembre… mais vu l’évolution rapide vers le mieux dans nos pays, il n’est pas interdit de rêver que l’ouverture se passe avant… en août. Mais d’ici là, comme en France, les sud africains seront invités à voyager dans leur pays durant les vacances d’hiver en juillet pour aider un secteur du tourisme qui représente un peu moins de 10% du PIB. Mais rapidement, l’ouverture des frontières sera un impératif… août, mois travaillé en Afrique du Sud, mais qui reçoit beaucoup de touristes normalement pourra donc très probablement ouvrir… ne serait-ce que pour des raisons économiques évidentes.

Les autres pays d’Afrique Australe, comme la Namibie et le Botswana ont des destins bien différents; moins peuplés, grands, ils se sont confinés très tôt. Avec respectivement 25 cas et 0 décès et 40 cas et 1 décès, la Namibie et le Botswana ferment encore leurs frontières aux étrangers et particulièrement à leur voisin sud africain. Mais l’impact faible du virus chez eux, la baisse prochaine espérée en Afrique du Sud et la disparition progressive du virus en Europe peut faire préserver une ouverture proche de leurs frontières. Mais ces deux pays n’ont pas le même rapport au tourisme; ce dernier représente 15% du PIB en Namibie contre seulement 7 au Botswana (ses ressources minérales étant énormes). Il est donc fort à parier que l’évolution du virus combinée à une dépendance économique pousse à une ouverture plus rapide de la Namibie.

En Afrique de l’Est, la situation est différente sur bien des points; tout d’abord, le Kenya connaît depuis un bon moment une courbe “plate”. Avec 2474 cas et 71 décès, le Kenya a pris l’épidémie très au sérieux et parfois trop avec un zèle gênant des forces de police et des quartiers entiers (populaires le plus souvent) confinés au sein de Nairobi ou de Mombasa. La dépendance au tourisme (qui représente comme l’Afrique du Sud prés de 10% du PIB) est certaine et la combinaison d’une courbe plane, d’une létalité faible et d’un contrôle de l’épidémie dans les pays “émetteurs” de voyageurs, notamment en Europe… mais aussi pourquoi pas aux Etats Unis (bientôt). Une ouverture durant l’été, sans doute en août, est aujourd’hui très probable.

La Tanzanie est devenu le “gros porteur” touristique de l’Afrique de l’Est et ce secteur représente prés de 15% de son PIB. Ce n’est donc pas un hasard si ce pays est le premier à avoir ouvert ses frontières cette semaine, sans quarantaine à tous les étrangers… Bon le problème aujourd’hui est que les touristes étrangers ne peuvent pas venir… mais ce pays avec 510 cas et 21 décès semble sortir peu à peu de cette histoire. Bémol toutefois sur la véracité des informations, non actualisées depuis fin avril, montrant une évolution quasi nulle de l’épidémie… si les chiffres sont certainement différents de ceux affichés, la réalité est toutefois loin des catastrophes vues sur d’autres continents… d’où l’ouverture… en attendant que les gens puis entrer.

2) Alors on va pouvoir voyager en Afrique cet été?

Aujourd’hui, nous le voyons les données statistiques montrant la réalité de l’épidémie ne dictent plus à elles seules les décisions des gouvernements. Car la première des conditions sera l’ouverture des frontières des voyageurs, l’ouverture des frontières hors Schengen pour l’Europe et l’évolution des conseils aux voyageurs émis par les autorités diplomatiques de chaque pays. On sort de considérations de santé pour rentrer dans un jeu diplomatique: les pays fortement dépendant faisant pression pour l’ouverture aux touristes et aussi la proximité diplomatique des Etats jouera sans doute dans le calendrier. Cela ne dépend plus que de cela… mais pas seulement.

Il faudra des avions et des compagnies aériennes pour rejoindre le continent. Les compagnies avancent doucement mais sûrement. Air France annonce reprendre progressivement ses vols sur le long courrier et évoluera en fonction des décisions gouvernementales aussi. Ethiopian Airlines a déjà repris ses vols en grande partie et devrait être en pleine capacité à début juillet. D’autres suivront sans doute. Cela peut aller plus vite que prévu… mais sans avancées des décisions officielles, pas de vols.

Reste la plus grande menace avant la reprise: la peur. Cela fait 3 mois que les européens sont abreuvés du nombre de leurs morts, d’un scénario de “pire en pire”, de la menace de cette seconde vague. Mais aussi et surtout, depuis le début de la pandémie, largement relayé par l’OMS, le continent africain est le lieu où la catastrophe devait se produire. Appuyant sur la faiblesse réelle des infrastructures de santé et la faiblesse des gouvernements en place et des structures d’Etat, l’Afrique a été “bashée” depuis tous ces mois. Les européens ont encore peur chez eux, ils auront donc potentiellement encore très peur chez les autres et plus encore en Afrique.

Alors, si les deux premiers points sont soulevés, il demeurera peut être la peur qui ne fera redémarrer le tourisme que bien plus tard. Mais il n’est pas irréaliste de penser aujourd’hui que de nombreux pays africains seront accessibles en août et de manière quasi certaine aujourd’hui en septembre… au plus tard… et avec toutes les réserves qu’il faut désormais avoir.

3) Alors on fait quoi?

On sait qu’en France, plus de 90% des gens ont prévu de rester en France cet été pour diverses raisons; économiques pour beaucoup, incertitudes de l’ailleurs pour les autres, mais ce pourcentage, je prends les paris, va baisser avec l’ouverture des frontières progressives. Les voyageurs en Afrique ont de nombreux profils et tous ne reviendront pas tout de suite. Reste aussi l’inconnue de très important “trafic ethnique”, toutes ces familles qui rentrent au pays une fois par an qui représente aussi un support économique de grand poids pour les pays destinataires, notamment en Afrique de l’Ouest. Mais ceux qui sont des “repeaters”, qui ont déjà fait des voyages en Afrique et en ont un prévu cet été, partiront, avec enthousiasme. Ceux rassurés par ce qu’ils ont prévu partiront aussi. Les familles (encore terrorisées comme le montre le faible nombre d’enfants présents à l’école) ou les primo accédants au voyage en Afrique passeront sans doute leur tour.

Alors on fait quoi? Tout d’abord, les pays africains touristiques doivent investir intelligemment leur argent dans la promotion de leur pays, et vite; et doivent rassurer sur le suivi des mesures barrières et diverses mesures qui rassurent aujourd’hui tout le monde. Puis communiquer, un maximum, sur la réalité de l’épidémie dans leur pays, les mesures prises et les bras ouverts pour les voyageurs; Ensuite on attend que le jeu de la diplomatie se fasse, rapidement on l’espère, et que l’épidémie se tasse aussi un peu partout comme beaucoup semblent le dire aujourd’hui… et le penser.

Si vous avez prévu de voyager en Afrique en août… ne changez rien… si vous ne savez pas si vous allez acheter un voyage aujourd’hui ou en dernière minute… continuez de réfléchir mais dégainez vite, l’augmentation des prix des voyages est à court terme en tout cas, une légende. Tout le monde a besoin de cash, donc il y aura de la disponibilité… et des bonnes affaires aussi. Ne rêvons pas non plus, le haut de gamme restera cher… mais peut être moins… pour l’instant en tout cas.

Il n’est donc pas interdit de rêver qu’après ces longs mois de confinement à regarder les reportages de National Geographic et autres chaînes de voyages, vous puissiez enfin aller respirer l’air pur du beau continent et vivre un voyage de rêve comme se doit d’être un voyage sur ce continent. Et à l’heure où l’on encourage à rester dans son propre pays pour des raisons économiques, la France, comme d’autres, a beaucoup plus à perdre qu’à gagner à rester recroquevillée sur elle-même et ses frontières… Dans le domaine du voyage comme dans bien d’autres, les pays sont interdépendants et leur marché intérieur aussi important soit il, ne permettra jamais de faire le rattrapage tant espéré après cette crise.

On espère donc. On attend…

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