Le thé, merveille de l’Afrique à la conquête du monde

Le thé, merveille de l’Afrique à la conquête du monde

Les puristes amateurs de thé regardent le continent africain de manière assez lointaine pour ne pas dire dédaigneuse. En effet, les théistas les plus pointues ou les sommeliers du thé, regardent plus souvent vers l’Est que vers le Sud. Il est vrai que l’Inde et la Chine, les deux premiers producteurs du monde se taillent la part du lion ; Chaque pays asiatique a une tradition du thé qui correspond également à un certain raffinement qui parle à notre époque. L’Afrique, à tort et souvent par ignorance, n’est pas encore jugée « assez raffinée » pour être digne de produire des plantes pouvant produire un tel nectar. Alors, certes pour le café, on sait que les hauts plateaux d’Afrique de l’Est produisent de fabuleux nectars mais le thé est souvent ignoré.

Pour le café, comme pour le thé, l’une des raisons de cette ignorance est aussi liée au fait que la plupart des marques de thé et les plus importantes sont soit « occidentales » soit asiatiques mais peu voire aucune marque africaine, réellement africaine n’est aujourd’hui connue et porte-drapeau de ce raffinement exclusivement asiatique auprès du grand public.

Et pourtant…

Le thé fait partie de tradition sahélienne très lointaine ; des touaregs aux palais marocains, le thé à la menthe est un marqueur oriental et donc africain (eh oui) ; malheureusement, le Maroc importe la grande majorité de son thé de Chine (typique !) alors que le thé à la menthe est une tradition séculaire dans ce pays et dans toutes les zones sahéliennes qui courent du Sénégal au Mali, Niger ou la Mauritanie.

En Afrique sub saharienne et bien plus au Sud du Sahara, la culture du thé est apparue plus tardivement importée dans certains endroits par les colons, comme au Kenya à la fin du 19èmesiècle. Ce pays s’est taillé une place de choix dans ce monde de thé. Avec 300 000 tonnes annuelles, le Kenya est le 3ème producteur de thé. Cette culture s’est répandue et quiconque a parcouru les hauts plateaux qui mènent de Nairobi au Masai Mara n’a pu oublier ces collines verdoyantes des champs de thé et ses ouvriers agricoles qui les parsèment.

Le Kenya produit en majeur partie du thé CTC, qui est le thé commun que vous retrouvez dans le commerce. Les thés plus raffinés existent dans ce pays, mais en infime partie comme ceux produits dans la plantation Marynin. De petites exploitations subsistent sur les pentes du mont Kenya ou sur les berges du lac Victoria. Et c’est bien cette région des grands lacs qui est le point de convergence des grands producteurs et des meilleurs en Afrique. La haute altitude (entre 1500 et 2500 mètres) et l’humidité du climat sont le combiné parfait à une production des meilleurs thés.

Le Rwanda et le Burundi produisent des quantités infimes mais un thé absolument remarquable, comme le magnifique thé Ubuntu d’Yswara, un thé noir de haute tenu combiné à du raison et du citron pour un cocktail unique pour les papilles… Ou ce thé vert cultivé sur les berges du lac Kivu et au nom évocateur de Great Kivu. Certaines petites plantations produisent également un merveilleux thé blanc, dont le thé du lac Burera. De l’autre côté du lac, au Congo (Kinshasa), on retrouve également de belles plantations. Plus au Sud, le Malawi est plutôt à l’avant garde du thé « responsable » et bio. De multiples petites plantations cultivent avec un art certain parmi les meilleurs thés du continent.

La Tanzanie, n’est pas en reste, sa frontière occidentale, humide et haute en altitude produit également de très bons thés qui, eux, ont été introduits par les allemands lors de leur passage dans ce pays et après le succès qu’ils ont rencontré au Cameroun depuis 1884, notamment au pied du mont Cameroun.

L’Afrique du Sud, plus développée, a développée aussi sa production de thé dans son « jardin » du Kwazulu Natal, bizarrement province la plus britannique du pays en plus d’être le cœur du pays Zulu. Depuis 1877, cette région produit parmi les meilleurs thés du pays; mais nous ne parlons pas ici du fameux rooibos ou thé rouge qui est tout… sauf un thé. Mais il est généralement classé en « thé » car ses infusions ont bien des vertus que les amateurs de thé savent apprécier. Tout d’abord, il est dénué de caféine, et renferme des substances antioxydantes en grande quantité. L’Afrique du Sud, qui produit ce rooibos bien plus au Sud, dans la région du Cederberg, au Nord du Cap, exporte une énorme part de sa production dans le monde entier et le monde du rooibos devient un monde de thé parallèle (sur lequel nous reviendrons) qui se combine merveilleusement bien avec celui de la healthy food. Si un rooibos devait être goûté, je recommanderais l’Omoluabi de Yswara qui combine le rooibos au caramel et chocolat, une curiosité qui saura séduire puristes et amateurs.

Alors, je n’aurai pas la prétention de détourner le regard des puristes obnubilés par le soleil levant, mais si parfois, leur regard et leurs papilles regardaient vers le Sud, ils découvriraient une culture émergente, une certaine tradition et des productions parfois infimes et de très grande qualité. Les sommeliers du thé d’orient ne s’y sont pas trompés (Yswara est fortement proposé dans la péninsule arabique)… à quand la révélation pour les sommeliers du thé venus d’occident ?

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