Le Kenya se réinventera t’il 2020 ?

Le Kenya se réinventera t’il 2020 ?

Alors que le Kenya est relativement préservé des attaques médiatiquement visibles depuis quelques années, alors que les safaris n’ont jamais été aussi populaires et malgré une carte du quai d’Orsay peu favorable sur la côte, le Kenya connaît depuis deux années une véritable renaissance… des progressions à 3 chiffres chaque année, des ouvertures d’adresses, une offre aérienne démultipliée permettent au pays à l’origine du safari de revenir sur le devant de la scène… attention à ne pas retomber dans ces errances passées, celles du safari de masse.

A l’origine, le safari est né au Kenya, lorsque Théodore Roosevelt effectue son grand voyage en Afrique en 1909, au Kenya pour y chasser les grandes espèces animales africaines et en ramener les trophées pour le muséum d’histoire naturelle de Washington, le fameux Smithsonian. Le mythe du safari (alors basé sur la chasse) vient de naître et il sera avant tout un mythe anglo saxon… s’en suivra la formidable autobiographie de la baronne Karen von Blixen qui sortira en 1937.

Mais en 1985, Sydney Pollack offrira à travers son adaptation cinématographique et sous les traits de Robert Redford et Meryl Streep, Out of Africa, le plus beau spot publicitaire jamais effectué sur l’Afrique sauvage et le safari. S’en suit un mouvement de relative masse vers le Kenya et les années 90, fastes, voient arriver les nuées de minibus déferler vers les plaines du Masaï Mara et du Tsavo… des charters entiers déversent leurs voyageurs à Mombasa, qui s’offrent un bout d’Afrique et de safari à pas cher et cela durera jusqu’au milieu des années 2000.

L’arrivée de la menace terroriste, le sur tourisme qui fait alors office au Kenya et en gâche l’image, le manque de stratégie globale et de développement des infrastructures et enfin le développement très lent du pays et les tensions éthniques détériorent durablement l’image et l’attractivité du Kenya entre les années 2000 et 2010.

Aujourd’hui, les choses ont bien changé… mais pas en totalité ; les infrastructures, routières notamment, demeurent très limites, imposant des temps de route longs et pénibles entre deux étapes, le braconnage forcené a clairement rayé de la carte des safaris de qualité le gigantesque parc du Tsavo… mais le pays a grandi, est en bonne voie :

  • Plus de réserves sauvages : avant, le Kenya se résumait à quelques réserves dont le nom résonne encore à l’oreille, Masai Mara, Amboseli et sa vue mythique du le Kilimandjaro ou Tsavo et Mont Kenya. Aujourd’hui, des réserves privées ou publiques ont pris le relais ; moins connues, elles proposent des expériences plus authentiques ; nul doute que leur avenir s’annonce prospère ; de Mathews Range à Meru National Park, de Chui à Lewa Down, d’Ol Pejeta à Serian… ces zones et de nombreuses autres deviennent le cœur du nouveau Kenya, tout comme l’est également la réserve septentrionale de Samburu et Shaba… Ces réserves sont plus lointaines, plus pénibles à atteindre… mais le jeu en vaut la chandelle. Nul doute que l’avenir leur appartient.
  • Plus de centres d’intérêt à Nairobi et dans le pays : connu aussi pour ses plantations (polémiques) de roses ou de haricots verts, le Kenya est un pays agricole vaste et ses paysages sont parfois sculptés par les plantations de thés ou cafés. Le pays a aussi avancé, le premier à développer le M Payment (paiement par téléphone mobile) une vraie révolution, Nairobi devient une grande capitale encore un peu chaotique certes (ses bouchons sont insupportables) mais des endroits (The Alchemist par exemple) ou des évènements (Africa Nouveau en mars 2020) ont mis Nairobi sur la carte des villes africaines qui bougent. Le Village Market (Mall ultra (trop) moderne) regorge de nouvelles marques made in Kenya qui s’exportent de plus en plus à l’image de la fameuse marque de sacs Sandstorm Kenya.
  • Des populations accueillantes et au rythme de vie authentique : si autour du Masaï Mara, les villages touristiques masaï prospèrent au détriment de l’authenticité, les villes et villages de province permettent de rencontrer le vrai Kenya… mais il faut du temps. Il est illusoire de vouloir vivre un « retour en terre inconnue » comme le dernier diffusé avec Estelle Lefébure pour quelques heures… mais en traversant, le pays, en prenant un peu plus son temps, en choisissant finement ses étapes et en y passant plus de 2 jours, il est aisé d’atteindre une certaine vérité.

Le tourisme de masse n’est pas mort, loin de là… à la faveur de l’expansion des marchés émergents indiens et chinois, les routes et les grands (par la taille) lodges sont de nouveau pris d’assaut. Et la volonté de préserver le Kenya à l’image de ce qu’a fait avec succès le Rwanda (bien loin cependant de la promesse qu’il fait), est clairement mis en danger par la réalité de la demande touristique… les routes demeurent toujours un vrai soucis tant dans le confort que dans leur inadaptation au trafic actuel. La rénovation de la ligne de chemin de fer entre Nairobi et Mombasa est toutefois un point positif et son extension vers l’Ouest du pays aussi une réelle promesse pour l’avenir.

Il existe un Kenya authentique et ce Kenya va se développer et se préciser dans les années à venir ; comme je l’écrivais plus haut, des zones existent, riches, belles et exclusives, souvent un peu chères, il faut bien le dire… mais le développement touristique peut être mené en accord avec un développement durable des communautés et de l’environnement… reste à avoir une vision d’ensemble, ambitieuse et moderne… bref rien n’est fait, mais on sent que l’avenir décidera positivement de l’avenir de ce pays si riche et si fascinant d’Afrique

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