La vérité, quête ultime d’un monde sous Covid 19

La vérité, quête ultime d’un monde sous Covid 19

La vérité… voilà un mot que l’on entend (rarement), que l’on espère… mais tout aujourd’hui, en ces heures d’incertitude et d’inquiétude, tourne autour de la vérité. La vérité sur le virus, nous dit-on la vérité ? La vérité change de dimension, elle évolue ; ce qui est vrai un jour, ne l’est plus le lendemain. « On » ne nous dit pas la vérité ; le faut-il ? quand les gens s’inquiètent, ils se ruent dans les magasins pour du papier toilettes. Quand on les rassure, ils sortent du confinement… difficile équilibre aujourd’hui que de manier la vérité. Nous avons tous eu notre vérité sur ce virus et nous avions aussi tous nos certitudes, sur notre monde, sur notre vie, sur les autres, sur les siens… et puis cette période unique et inédite de la vie humaine nous interroge sur cette notion qui était le centre de la pensée de Gandhi, Satya, la vérité.

La vérité du Covid 19

Ne rêvez pas, je ne vous la donnerai pas. Tout d’abord je l’ignore, et si toutefois je la connaissais, cette vérité pourrait être balayée le lendemain. Il est intéressant de voir les efforts rhétoriques des politiques en ce moment ; ils ne promettent rien, se laissent une possibilité de changer d’avis, que la vérité du lendemain sera peut-être fondamentalement différente de celle d’aujourd’hui. Et si le Covid 19 nous avait appris à nous humains, l’humilité. Ce que je sais, c’est que je ne sais pas. Cette vérité sortie de la philosophie antique revient à l’ordre du jour dans ce monde où les sachants se sentent bien petits… même les scientifiques, nous le voyons, ont une vérité qui varie, une humilité qui grandit… bref il ne reste que les abrutis qui sont sûrs d’eux… ou ceux qui réécrivent le passé à la lueur de la vérité d’aujourd’hui. Mais cette quête de vérité sur le virus est une quête que nous menons seuls… nous écoutons, regardons les informations, les réseaux sociaux, la famille, les mentors et on en fait notre synthèse à nous. Evidemment, dans ce contexte, les réseaux sociaux qui remplissent l’ennui par du vide trop souvent diffusent des news, fake souvent… le seul conseil qui soit vraiment utile, c’est d’utiliser un autre mot : la confiance. Nous n’avons d’autre choix : se confiner et attendre pour ceux qui comme moi, ne sont pas utiles à résoudre la crise actuelle de manière concrète. Et réfléchir au monde d’après…

Dans ce monde d’après, la vérité a aussi une large part.

On ne dit pas son nom mais chacun réfléchit à sa vérité. Ses choix de vie, son alimentation, son travail, le sens de sa vie, sa vérité… face à soi-même, dans l’enfermement de son chez soi, seul, on se retrouve face à notre parcours et face à un avenir alors incertain. Les cyniques (certains diront réalistes) pensent que tout redeviendra comme avant. Que finalement, l’oubli collectif grâce au temps qui passe effacera nos réflexions, les remises en causes, un peu comme on oublie au 1er février les bonnes résolutions du nouvel an. Et même si c’était le cas, il me semble intéressant de profiter de cette période d’ennui (notion que nous avons trop oublié). Je n’ai pas envie de me reconvertir en gourou, je vais juste me contenter de me faire le messager d’un grand homme, un combattant par la non-violence, Gandhi… qui a émis au début du 20ème siècle, 11 vœux pour conduire sa lutte, une lutte pour que la vérité triomphe… si certains sont difficilement audibles comme la chasteté, on peut tous les traduire aux besoins de notre monde d’aujourd’hui. D’ailleurs, la chasteté elle-même pourrait être traduite en maîtrise des naissances tant la croissance démographique est l’une des menace de notre monde. Mais plus sérieusement, il a émis ces 11 règles qui, pour certaines prennent un sens très actuel. Ces « vœux » ou « règles » du bon Satyagrahi, devait lui permettre de s’approcher de la vérité ; ces règles lui furent inspirées par les moments de sa vie, passées en prison… un autre genre de confinement.

La Vérité (Satya) et l’Ahimsa (la non violence) :

Cette quête de vérité, cette recherche individuelle et collective doit impérativement s’accompagner de la non violence ; dans notre monde violent, où l’affrontement et la haine peut devenir parfois la norme, notamment dans la politique ou la vie sociale, il est assez inédit voire utopique de parler de non violence. Et pourtant, je trouve que la transgression qu’offre la non violence est très intéressante aujourd’hui. Si l’on changeait le monde d’abord en étant non violent : l’amour des autres, la solidarité, le soutien de l’autre, les respects des règles (civisme), la lutte par la loi dans le respect de l’innocence et le droit à l’erreur… tout cela est très actuel. La Vérité, c’est accepter que personne ne la détient. Elle est variable de l’un à l’autre et a besoin d’un chemin parfois long pour triompher. Mais la Vérité, la vraie, triomphe toujours à la fin… rien ne sert d’être violent, la vérité se fraie un chemin au milieu du monde et finit toujours par triompher.

La maîtrise de ce que l’on mange (modération) et consommer local :

Au cœur de notre monde obèse et parfois malade de trop de sucres, de trop de sel ou de transformation, contrôler sa nourriture, sans nécessairement verser dans l’ascétisme, peut aussi être un projet. Apprendre à comprendre la nourriture, la choisir, la faire, en voici une belle matière scolaire à développer… dans ce domaine, nous sommes globalement des analphabètes et la parole est multiple entre vrai prophète et charlatan… apprendre à bien se nourrir, donc à bien vivre… remettre le frais, le vert et le bon aussi au cœur des choses… voilà qui est vraiment ambitieux.

Le végétarisme est aussi en vogue et devrait de plus en plus le devenir avec le temps… ou plutôt le flexitarisme visant à consommer moins de viande et donc de la meilleure viande, mieux fabriquée, mieux préparée, moins transformée. Consommer local pour la nourriture car notre monde alimentaire est devenu fou, mais pas seulement dans ce domaine ; pour les médicaments aujourd’hui ou certains matériels médicaux (respirateurs), on se rend compte de l’impératif de produire localement ce qui est clé. Il ne s’agit pas de se replier sur soi ; des expertises peuvent nécessiter de profiter de la mondialisation, mais ce qui peut être produit localement devrait être… produit. Cela semble tellement évident pourtant.

Le respect de toutes les religions : les religions assez bizarrement sont très absentes de la période actuelle mais nul doute qu’elles reviendront pour aider ou exciter leurs fidèles selon leur niveau et leur intégrisme… mais la réalité est que la religion est une affaire privée et le monde laïque doit triompher de ce monde qui se réinvente… alors cet espoir est vain, je le sais, surtout que la plupart des sociologues prédisaient un 21ème siècle religieux… l’avenir de l’humanité collective est dans l’harmonie et c’est ce que Gandhi souhaitait. L’un des plus grands échecs de sa vie, fut de ne pouvoir maintenir l’Inde musulmane et hindouiste unie. La religion divise et ne doit être respectée dès lors qu’elle appartient à la conscience privée. Comme une opinion politique, les croyances doivent rester intimes et ne pas définir la vie des autres… ni bien sûr, générer la moindre violence.

La non propriété est l’un des principes de la Satyagraha qui est sans doute le plus transgressif dans notre monde aujourd’hui. J’y souscris totalement, je le regrette parfois. Mais en cette période troublée, on se rend compte que l’important est d’avoir un toit et à manger. Cela se limite à cela. L’injustice du monde fait que les « riches » ont plus de choix et de privilèges dans leur vie. Mais face au virus, nous sommes tous égaux. L’appât du gain pour le gain est inutile et vain… la richesse extrême est inutile et vaine. A moins d’en faire quelque chose pour le bien commun… alors elle prend sens. On se rend compte en cette période troublée de l’importance des systèmes de santé mais au-delà, de l’importance d’un état providence, bien plus que de la propriété…

Au-delà de ce principe limite communiste , je pense qu’il faudrait penser à une propriété utile… qui dès lors touche déjà beaucoup de monde, peut être pas assez. Mais derrière la propriété vient le confort, le confort de se laisser vivre car nous sommes repus… réhabiliter la vie et l’action pour ceux qui le peuvent, lutter pour vivre, pour ceux qui en ont la force et aider ceux qui ne l’ont pas… vaste programme qui mériterait aussi bien plus.

Le travail manuel ou physique:

C’est l’un des principes importants que Gandhi, comme les autres principes, s’appliquait à lui-même en pratiquant chaque jour une heure de métier à tisser (le rouet). L’appel des paysans en cette période de crise, l’envie de retourner à la campagne, de travailler la terre, l’envie du retour à l’essentiel, même pour ceux qui ont fait fortune et parfois aussi pour ceux qui ont été au bout de l’illusion d’une carrière, tout cela est très actuel, dans notre époque mais aussi dans notre temps de maintenant à l’heure du Covid 19 et de sa menace. L’effort physique est aussi indispensable, pas assez promu dans nos sociétés, il nous faudrait le banaliser.

Eviter la aussi les excès de la performance pour redonner ses lettres de noblesses à la simple marche, au stretching, au yoga et autres exercices physiques doux… le sport collectif est aussi bon à d’autres niveau d’ailleurs, mais l’exercice physique doux devrait être réhabilité. En ce périodes de confinement, si certains adorent le cardio et autres efforts intenses, les exercices « doux » semblent avoir une côte en nette augmentation… il ne nous faudra pas l’oublier après. Cela évidemment n’est pas un seul travail pour notre corps, mais surtout pour notre esprit. Car tous ces principes sont interdépendants.

Evidemment, certains de ces vœux pourront paraître ambitieux voire utopiques, voire même non souhaitables. Mais en ces périodes troublées où les croyances se taisent, où les grandes pensées politiques disparaissent au nom du pragmatisme ou du populisme, il reste l’héritage des grands hommes, de leur vie, de ce qu’ils ont tiré de leur expérience, de leur sacrifice parfois, ce temps est celui de la philosophie et de la réflexion… selon ses moyens et ses connaissances, pas besoin d’études (même si ça aide) mais nous avons besoin de penser et de pensées… en voici donc une humblement partagée, inspirée d’un homme singulier de l’histoire de l’humanité… que cela nous guide vers notre vérité, en attendant de connaître un jour LA vérité.

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