La liberté dans le Tassili du Hoggar

La liberté dans le Tassili du Hoggar

Le Hoggar est cette région autour de Tamanrasset au Sud de l’Algérie. Cela fait près de 20 ans que l’on ne peut plus s’y rendre. Cette région comme la plupart des régions du Sahara est désormais infréquentable. Des milices terroristes, une forte instabilité, un vrai danger permanent estimé ont rendu cette région déserte de visiteurs. Pourtant, il y a moins de 20 ans, les voyageurs aventuriers se pressaient par avions entiers pour découvrir ce désert magnifique. Retour sur cette rencontre entre sable et roche dans le Tassili du Hoggar.

Assekrem — Wikipédia

Le désert algérien s’était résumé à Ghardaïa et El Oued, les portes du désert une fois que l’on dévale des montagnes de Kabylie pour entrer dans un monde unique. J’y suis allé alors, simple lycéen, vivant en Algérie, pour un avant-goût de Sahara. On en ramenait quelques roses des sables et la vue de l’infini et d’immenses promesses devant nous. Quelques années plus tard, c’est avec un avion que j’ai fait le grand saut vers Tamanrasset. Cette ville sans charme était le centre expéditionnaire de la région. Il y en avait un autre, Djanet. Pour moi, ce sera Tam.

L’aéroport était important et la ville toute entière tournée vers ces voyages. Des 4X4, des guides et des boutiques. Quelques hôtels simples. Beaucoup de dromadaires pour l’élevage ou simplement les méharées qui partaient régulièrement à l’assaut du désert. Ce voyage était rapide comme souvent mes voyages, frustrant comme tous, inspirant plus que jamais. Je devais voir en quelques jours la région, le Hoggar et ses montagnes lunaires et rocailleuses, ses panoramas infinis et arides, sans sable. Mais le repère de l’Assekrem où Charles de Foucaud s’installa en ermite en 1911 fut de ces endroits inoubliables où la pensée s’évade et galope.

Mais, c’est dans le Tassili du Hoggar que j’ai surtout été bouleversé comme souvent quand je sens que l’homme n’est que l’invité d’une nature puissante. Ce Tassili est une région sublime où les pitons de basalte Hoggar — Wikipédiasont caressés par d’innombrables dunes de sable. Ici, roche et sable dansent pour créer l’un des plus beaux paysages de la planète. On dormait, comme tout le monde, à même le sol.

Quand la nuit tombait, seul le feu et les étoiles fournissaient une petite source de lumière. Le feu chauffait les âmes et le corps. Les plats de ce pays Touaregs étaient merveilleux. le pain cuit dans le sable et les divers plats avaient une saveur que le temps a sans doute surestimé. Je ne vous mentirai pas, la première nuit n’est pas simple mais les suivantes sont idylliques. Je me souviens que je posais mes lunettes sur le sable à côté de mon duvet et je savais alors que je laissais la place aux créatures de la nuit. Le lendemain matin, tôt, forcément, les traces de scarabées et celle de fennecs venus nettoyer les discussions nocturnes.

Je me souviens de ce moment où comme beaucoup alors j’ai marché seul dans ces dunes. Entre rocher et sable, les couleurs changeaient tout au long de la journée. Mais à ce moment précis, cette solitude, mes pas sur le sable me donnèrent l’impression d’être un pionnier. Ce n’était pas le cas, bien au contraire. Je serai l’un des derniers voyageurs à le fouler. Lorsque je marchais, assez étrangement, je ne ressentais pas de fatigue, ni même d’essoufflement. C’était pourtant escarpé. Monter sur une dune, en redescendre, longer la crête puis lancer son regard vers l’infini. Tout autour de moi, il n’y Le Tassili du Hoggar interdit aux touristes étrangers - Algerie360avait que vide. Et pourtant ce vide n’était pas angoissant, j’avais l’impression étrange d’être à ma juste place. Bousculé par le vent, mes pas patinaient sur le sable qui était à son tour malmené par le vent. Le son du sable qui frotte sur le sable à cause du vent, créé une musique sourde et puissante dont j’entends encore la rumeur.

Comme la plupart des lieux où l’on ne peut plus aller, le temps transforme parfois des moments en rêve. Mais je me souviens m’être rendu compte de la chance que j’avais que de fouler ce sable, voir ces paysages, rencontrer ces Touaregs passionnés et passionnants. Que sont-ils devenus aujourd’hui ?

C’était encore deux minutes de lecture (ou moins) où humblement, je vous ai emmené avec moi loin du présent, là où le regard n’a pas de limite ni de frontières. Un jour, nous pourrons de nouveau rêver éveillés. Pour l’instant, seule la pensée permet de nous emmener loin.

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