La faune sauvage africaine, l’autre victime de la Covid

La faune sauvage africaine, l’autre victime de la Covid

Dans cette crise qui bouleverse le monde entier, tout le monde est victime, certains plus que d’autres, chacun estimant parfois être plus victime que son voisin. Il est cependant certain que si il existe des niveaux de gravité des conséquences du Covid, on ne doit en négliger aucune. Le monde va rebondir mais certains sujets peuvent, sans réaction, avoir des conséquences bien plus longues et graves. Parmi ces sujets, la presse s’émeut discrètement des conséquences du non tourisme sur la préservation des espèces sauvages dans le monde et en Afrique particulièrement, comme cet article du Point. Le fait est que l’extinction du tourisme et le manque de perspective de réouverture ont des conséquences certes humaines mais aussi sur la vie sauvage et sa préservation.

A l’origine du confinement, je me suis dit comme tout le monde, que cela serait un bol d’air pour la faune : les libérer des 4X4 et autres distractions qui perturbent leur vie chaque jour. Je voyais dans mon monde urbain, les oiseaux reprendre leurs droits, l’air devenir plus pur. Je me disais donc que ce serait pareil en Afrique, une bouffée d’air. C’était oublier combien la préservation des animaux sauvages en Afrique dépend du tourisme. Et cela à divers niveaux:

1. Le tourisme est la raison d’être des parcs et réserves naturels en Afrique

De nombreuses études ont démontré ces dernières années qu’un éléphant vivant rapportait 30 fois plus qu’un éléphant mort, grâce au tourisme. Si l’étude semble assez évidente, il faut comprendre que de nombreux pays ont une dépendance assez forte au tourisme “safari”. Kenya, Tanzanie, Afrique du Sud ou Namibie sont des pays dont la part du tourisme représente entre 10 à 17% du PIB. On ne peut donc faire l’impasse sur une telle ressource. Et ces pays, à des niveaux divers, dédient de larges régions à la vie sauvage, ces fameux parcs nationaux. Mais régulièrement, les zones sauvages et préservées viennent en opposition à la recherche de terres de la part des populations comme ce fut le cas en Ouganda (Bwindi) pour la préservation des gorilles des montagnes. Mais aussi en conflit avec la construction de routes importantes comme ce fut le cas dans le Serengeti en Tanzanie ou l’exploitation de mines comme cette menace permanente sur le parc national Kruger en Afrique du Sud… Il se trouve par ailleurs que ces pays disposent de ressources en sous sol parfois assez prometteuses.

Sans tourisme, les parcs nationaux sont un centre de coût et non de profit. Le coût de leur entretien, de leur protection aussi. Et aucune ressource. Cet état de fait met à mal les investissements réalisés par les états sur les zones sauvages, notamment pour des états qui n’ont que peu de moyens comme la Tanzanie. La tentation est donc forte de changer de paradigme et d’envisager une réduction des zones sauvages au profit de zones d’exploitation moins durables. Cela devra être surveillé dans les mois et années à venir.

2. Le braconnage, conséquence de la Covid

Le braconnage n’a pas débuté avec la Covid et il continuera après. Mais la baisse de la fréquentation touristique, la fermeture des lodges et la diminution des personnels de surveillance ont entraîné une nette recrudescence du braconnage… Le tourisme entraîne en effet de multiples barrages au braconnage. Les acteurs privés, par leur présence et celle de leurs clients, les véhicules qui circulent et le personnel en alerte, permettent une protection de fait… qui ne suffit pas certes, mais qui lorsqu’elle disparaît ouvre des vannes funestes de manière dramatique. Les acteurs publics (parcs nationaux, rangers, personnels divers) ont aussi allégés la voilure. Sur certains pays, ils sont minoritaires, ailleurs majoritaires. L’énorme réduction de la fréquentation des parcs entraîne une énorme baisse des revenus générés par cette manne. Ainsi, les premières victimes peuvent être les états (qui peuvent être tentés de chercher d’autres sources de revenus pour ces terres), mais aussi les employés de ces structures. Le refuge peut alors devenir le braconnage. Il permettra des revenus à court terme et à moyen terme, la disparition de la faune peut justifier de rônier sur ces terres “inutiles”.

Je revenais il y a de nombreuses années sur le cas des rhinocéros en Afrique Australe. Depuis rien n’a vraiment changé. Certes les choses s’organisent, les cornes sont coupées, certaines réserves ont déplacé leurs rhino sous d’autres cieux mais le problème à résoudre demeure le même: la préservation de la faune sauvage doit être soutenue par l’ensemble de la planète si toutefois on estime que les grands et petits mammifères africains font partis du bien commun de l’humanité. Ainsi, si l’on estime cela, cela signifierait que le tourisme resterait un axe de revenu et de préservation mais il ne serait plus le seul comme c’est le cas aujourd’hui. Que ce soit sous l’égide de l’Unesco ou d’autres organisations multilatérales, préserver les zones sauvages et ceux qui en vivent serait une décision qui devra concerner l’humanité toute entière.

3. Les hommes souffrent aussi

Si la vie animale est un sujet universel, on ne peut oublier que ce que l’on appelle le “safari” fait vivre des millions de personnes, des villages entiers (ce que l’on appelle les communautés), un large écosystème humain. On est souvent aveuglé par les lodges luxueux, leur gestion parfois discutable de ressources telles que l’eau ou les conditions parfois précaires de vie des populations locales. Mais là aussi, les “lodges”, certains, ont une responsabilité qui va au delà de leur propre domaine. Ils doivent mieux soutenir les populations locales et de manière durable. Plusieurs actions: tout d’abord centraliser ou régionaliser (et contrôler) les fonds recueillis. Déterminer les projets durables pour l’homme et l’environnement: l’éducation, la santé, l’habitat… aujourd’hui chaque lodge apporte sa panoplie réelle ou inventée de ce qu’il fait pour son environnement social ou naturel… peut être que changer cela pourrait avoir des effets bien plus vertueux… et durables.

Pour l’instant, la priorité est de déterminer rapidement quand les voyages dans ces régions pourront reprendre; cela dépend de chaque pays mais aussi de nous (pays émetteurs de voyageurs). Puis d’engager des réflexions pour que les zones sauvages soient préservées tout en permettant le développement humain, souvent oublié par certaines organisations de défense de l’environnement. Si l’on arrive à combiner les deux et profiter de cette crise pour repenser nos modèles, alors ce monde d’après ne sera peut être pas si mal…

Il n'y a pas encore de commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *