Covid en Afrique: Enough Now !

Covid en Afrique: Enough Now !

Depuis quelques mois, je reviens sur les conséquences du confinement et l’évolution du virus sur le continent… mélange de données officielles, d’infos relationnelles et de ressenti personnel, mes réflexions sont prudentes et très « mainstream » depuis bientôt 5 mois. Comme tout le monde, j’étais de ceux qui pensaient que c’était une grippe, puis que c’était très grave puis que ce virus allait rapidement quitter notre planète… évidemment, j’apportais des nuances mais comme tout un chacun, je me suis nourri de tout, m’improvisant scientifique, économiste ou parfois client du café du commerce.

La vérité du moment est que la situation du continent africain est aujourd’hui critique sur deux plans :

1) Sur le plan sanitaire :

Même si des pays comme le Maroc ou le Rwanda sont autorisés à entrer dans Schengen, le nombre de contaminations monte en flèche dans quasiment tous les pays. Le plus fiable d’entre eux, l’Afrique du Sud, dépasse allègrement les 200 000 cas et les 3000 morts. Même des pays très peu touchés restent frileux car toute proportion gardée, cela monte en flèche aussi chez eux.

Si le monde regarde les décès et les cas du continent américain, c’est qu’en Afrique, la fiabilité des informations sanitaires peut être sujette à caution. Le cocktail faible présence médiatique, infrastructures sanitaires limitées et pas de drame visuel à l’image porte le reste du monde à craindre le pire sans réellement le voir arriver. Pas de morgue sauvage comme à New York ou au Brésil, pas de président irresponsable et provocateur, bref le continent s’est bien comporté, voire trop bien puisque confiné aussi tôt qu’en Europe, le haut de sa vague a lieu aujourd’hui (on l’espère) transformant leur confinement (sous quelque forme que ce soit) en véritable marathon dont la durée va avoir des conséquences catastrophiques encore sous estimées.

Aucun pays n’y échappe, sauf peut être la sainte Angela Merkel, mais tous les gouvernants encensés au début de la crise sont critiqués voire fragilisés par cette crise sans précédent. Chacun fait ce qu’il peut mais il est aisé de trouver un coupable quand la responsabilité est avant tout celle de chacun.

Bref, sur le plan sanitaire, nous avons aujourd’hui un nombre de contamination record sur la planète (grâce aux américains quand même) qui conduit les scientifiques à affirmer que le Covid a légèrement muté, le rendant plus contagieux mais probablement aussi moins nocif. Le nombre de décès au niveau mondial stagne alors que le nombre de contamination augmente sans cesse… et nous revenons en Afrique.

Si le nombre de cas réels ou supposés est en nette augmentation, le nombre de décès augmente peu. Pour rappel, notre Afrique du Sud avec plus de cas déclarés qu’en France a, pour l’instant, 10 fois moins de morts. J’en parlais déjà : la jeunesse de la population, la moindre concentration urbaine, la moindre présence de comorbidité telles que l’obésité ou le diabète sont autant de raisons à un faible impact létal.

Mais l’impact sur l’Afrique est déjà ailleurs…

 

2) Sur le plan économique :

Chaque pays se débrouille comme il peut. Là, pas de milliards qui sortent du chapeau, un secteur privé aux abois, un secteur économique informel moribond et un confinement relatif qui s’éternise et surtout ne laisse aucune porte de sortie… pour l’instant.

Les voix s’élèvent. J’entends ceux qui veulent des dates comme ces hôteliers qui demandent qui demandent une date d’ouverture à leur gouvernement, les émeutes de la faim qui naissent dans les quartiers populaires un peu partout sur le continent… et les gouvernants qui hésitent, tergiversent. D’un côté, une épidémie qui progresse, de l’autre, une économie qui plongent.

Il s’agit désormais d’être pragmatique. Qu’avons-nous à perdre à ouvrir ? et qu’avons-nous à perdre à rester fermer ? Plusieurs écoles apparaissent :

La Tanzanie a décidé fin avril que l’épidémie était terminée. Depuis plus de nouveaux cas, ni de nouveaux décès… évidemment cela détruit la confiance en la réalité et bien qu’elle se déclare ouverte aux voyageurs, les autorités des pays émetteurs de voyageurs rechignent à conseiller un voyage dans ce pays… et cela risque de durer. Risque réel ou supposé… cette position est assez irresponsable et ne sert pas les intérêts du pays… mais les élections sont pour cet automne… confiné la population et la priver de travailler serait électoralement suicidaire.

La Namibie a d’ores et déjà annoncé sa date d’ouverture, le 18 septembre. Cela permet de se projeter, de laisser le pays atteindre son (petit) pic et ainsi envisager l’avenir enfin avec une date butoir, toujours modifiable, mais tellement rassurante pour tous.

L’Afrique du Sud, avec ses 10000 nouveaux cas quotidiens est dans l’état d’esprit où la France était mi avril… dans l’ombre de l’incertitude. Impossible aujourd’hui de dire si le pic est atteint, s’il sera long ou si la fin (et donc le recommencement) sera pour bientôt. Pourtant aujourd’hui il faut oser donner des dates même si ce virus sait nous surprendre. Quitte à revenir dessus.

Le Kenya ou le Sénégal ont déjà annoncé l’ouverture de leur pays cet été, au mois d’août. Les aéroports communiquent, les hôtels ouvrent ou disent qu’ils le feront et ils croient que cela créera une dynamique. On sait aujourd’hui que cela ne suffira pas. Les voyageurs étrangers ont besoin de l’aval de leurs autorités pour partir sans crainte. Et ca, ce sera long à obtenir… espérons pas trop.

La chute du cours du pétrole, les difficultés des entreprises, les drames sociaux qui en suivront, tout cela n’est pas irréversible, à condition de ne pas faire le mois de déconfinement de trop. Comprenons que l’Afrique doit s’ouvrir de nouveau mais aussi disposer des moyens pour que les gestes barrières puissent être respectés et mis en place. Que l’autorité parfois exagérée à vouloir confiner (comme au Kenya ou ailleurs et les réponses pénales délirantes dans certains pays) soit mise au service du déconfinement en sécurité…

 

Le continent a démontré sa capacité à rebondir, renaître de situations impossibles. Face au scepticisme global, le continent peut rebondir. Il a déjà obtenu des aides ; la suppression de la dette en serait une bien plus efficace doublée d’une aide financière et concrète… le rebond est encore possible.

Tout cela n’a que trop durer. Tout ceci ne peut plus durer. Enough now !

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