Le voyage en Afrique à l’heure du Covid

Le voyage en Afrique à l’heure du Covid

Alors que l’Afrique du Sud semble, malgré le confinement, voir le nombre de cas augmenter ; à l’heure où les autres pays africains semblent maîtriser l’expansion du virus ; à l’heure où le reste du monde semble doucement mais sûrement sortir du confinement avec un certain empressement ; où en est l’industrie touristique en Afrique sub-saharienne ?

Une saison encore préservée

L’Afrique de l’Ouest a pu profiter d’une bonne partie de sa saison mais n’a pu la terminer comme il se doit. Il est convenu de penser que la saison idéale pour cette zone court de septembre à avril… il ne manquait donc plus que 2 mois à l’Afrique de l’Ouest pour terminer une saison en hausse sensible. Cependant, le tourisme étant encore à ses débuts de redémarrage, les trésoreries sont encore trop faibles pour vivre suffisamment longtemps pour vivre sereinement l’après et attendre sereinement le redémarrage en septembre ou octobre 2020 … encore très hypothétique à cette heure.

L’Afrique de l’Est a vu arriver le confinement mondial avec une certaine prudence. La saison hivernale était arrivée à son terme et avril et mai étant très faible (green season oblige), les différents acteurs ont vu la vague arriver avec une certaine distance. Il est acquis que juin sera nul, reste l’incertitude de l’été, grosse période pour les deux gros acteurs que sont le Kenya et la Tanzanie… leur sort est lié aux décisions des gouvernements mais aussi à l’évolution du Covid dans les pays émetteurs de voyageurs et à leur propre évolution du virus… là aussi, certains craignent un manque de transparence des autorités visant à sous évaluer l’impact réel du virus.

L’Afrique Australe fut la plus touchée : avril est un mois très important en Afrique du Sud et mai et juin sont le début de la haute saison en Namibie et au Botswana. Les pays de la zone se sont confinés très largement et de manière très déterminée… il n’empêche que l’arrivée de l’hiver austral, la crainte d’un pic en décalage par rapport au reste du monde, demeurent autant de paramètres qui inquiètent localement et font penser que 2020 risque bien d’être une année grillée.

Des réactions de professionnels… variables.

Si globalement, partout sur le continent, les voyages ont pu être annulés ou reportés dans des conditions très favorables, quelques acteurs, parmi les plus riches, malmènent les tour-opérateurs et les voyageurs avec eux. Les trois principaux, Wilderness Safaris, &Beyond et Singita sont en effet ceux qui imposent des frais d’annulation très élevés et un grand manque de flexibilité. Et pourtant, ce ne sont pas ceux qui manquent le plus de fonds. Mais ce sont aussi ceux qui disposent de territoires gigantesques. Derrière leur politique discutable dans ce contexte, l’argument principal demeure le financement de la préservation (conservation) qui doit perdurer, même durant cette période de « no turism ».

Il est certain que la baisse de fréquentation a ouvert la voie à une forte augmentation du braconnage (sans que des chiffres soient clairement énoncés à ce stade). Parallèlement, les voyageurs qui voient que le confinement permet un retour de la nature, seule, sans aide, sont d’autant plus surpris de ces mesures. Si la lutte contre le braconnage doit perdurer en ce moment comme avant d’ailleurs, le reste des opérations est suspendu, le personnel est reparti des lodges, les coûts sont donc assez limités bien qu’existant… Une forte confiance en l’avenir les encourage d’ailleurs à augmenter leurs prix pour 2021 alors même que le monde du voyage va, sans aucun doute, se contracter. Opportunisme économique ou réalité écologique… l’avenir nous le dira.

Des personnes, des pays, des professions délaissées

Le tourisme est vecteur de nombreux emplois dans de nombreux pays. Mais la saisonnalité des voyages a poussé structurellement les opérateurs à travailler avec des free lance, qui dans de tels cas se retrouvent démunis. Les Etats, moins argentés (ou sensibles), n’ont pas tous mis en place des mesures économiques pour soutenir ces populations démunies. Les guides, les hôteliers et surtout les petits hôteliers, se retrouvent donc sans client et pour beaucoup sans trésorerie.

Il ne fait aucun doute que beaucoup souffriront de cette crise, notamment ceux qui ne disposent pas d’un marché local important. L’Afrique du Sud fera (peut-être) exception : les sud-africains voyagent beaucoup au sein de leur propre pays et les offres pour les inciter à redécouvrir leur propre pays sont importantes et nombreuses. Mais ailleurs, ce sera plus compliqué et la méfiance mondiale vis-à-vis de l’Afrique, dernier continent, avec l’Amérique latine où le Covid est encore en forte expansion. Tout cela ne facilitera pas le démarrage… même si la diffusion de protocoles débutent, en espérant un démarrage proche des arrivées.

Alors, on repart quand ?

Les compagnies aériennes européennes rouvriront le ciel européen en juin et Ethiopian Airlines a déjà annoncé la réouverture de ses vols en juin. Il est probable que les vols transcontinentaux reprennent en juillet… mais à quelle fréquence ? dans quelles conditions ? les voyageurs seront-ils au rendez-vous ? Rien de moins sûr. Les pays très peu touchés officiellement (tous) ou réellement (quelques-uns), les grands espaces, l’appel de voyages avec du sens, devraient logiquement attirer de nombreux voyageurs.

Reste cette méfiance systématique vis-à-vis du continent, de sa capacité à gérer de telles crises sanitaires (alors qu’il est celui qui a la plus grande expérience des maladies endémiques et autres virus). Mais comme pour les craintes de terrorisme, les voyageurs préfèrent les subir chez eux plutôt qu’à l’étranger et qu’en Afrique en particulier. Si le continent progresse, la faiblesse de ses infrastructures (de santé notamment), ne joue pas en sa faveur; preuve s’il en est que des investissements massifs doivent être faits mais aussi que chaque pays individuellement mais aussi plus globalement doit travailler son image… et sa réalité. Donc pour répondre à la question de ce paragraphe, la réponse sage serait « wait and see »… l’avenir nous apportera sans doute de nouvelles réponses, espérons juste qu’elles permettront de relancer la machine qui depuis deux ou trois ans fait vivre au continent un vrai démarrage et l’espoir qui naît avec.

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