L’Afrique face au Covid 19 – entre optimisme intérieur et pessimisme extérieur

L’Afrique face au Covid 19 – entre optimisme intérieur et pessimisme extérieur

Depuis le début de la pandémie, alors même que le monde s’interrogeait pourquoi l’Afrique, avec l’Amérique Latine était épargnée alors que le virus commençait sa longue conquête mondiale, les autorités, OMS en tête, mettaient en garde contre la propagation du virus dans les pays en développement… tout le monde, médias en tête, entendait que ce terme générique sous entendait le nom d’un continent, l’Afrique. Même au cœur de leur pic, les pays européens et les Etats Unis, repliés sur eux-mêmes, essayant de courir une vérité à durée limitée que ce virus impose. La vérité, comme souvent, n’est pas dans les extrêmes, alors voici un petit point vue d’ici et vu de là-bas…

 

Pessimisme européen et prudence africaine

L’Europe, médias et politiques en tête, prédisent en Afrique une catastrophe sanitaire bien pire que celle qu’elle vit actuellement. A raison sur certains égards tant les infrastructures de santé sont limitées, tant la confinement est une notion complexe dans les grandes villes et les quartiers les plus fragiles, tant les consignes élémentaires semblent être étrangères aux habitudes et aux moyens de les respecter aussi (accès à l’eau potable, à l’hygiène, à l’électricité notamment). La menace est bien réelle… alors les amoureux transits du continent, dont je fais partie, espère que la jeunesse du continent, ses décisions de confinement prises bien plus tôt qu’en Europe seront autant d’armes pour passer à côté de la catastrophe… la réalité est qu’aujourd’hui personne n’en sait rien. Et comme pour l’instant, le pire étant ce qui arrive après le pire, il est difficile de croire que le meilleur arrivera… même si on le souhaite fort.

Les annonciateurs de cataclysme se gargarisent de la catastrophe à venir… et elle risque d’arriver mais peut-être pas là où on le croit. Si l’impact sanitaire risque d’être important et peut être durable aussi, les conséquences économiques risquent d’avoir un impact encore plus fort… donnant potentiellement l’opportunité à d’autres crises sanitaires d’émerger. La prédominance de l’économie informelle, la faiblesse de l’épargne et la vie à flux tendu des ménages, la faiblesse des systèmes sociaux et d’assistance sont autant de penser que le continent sera (et est déjà) dans de grandes difficultés ; les populations des grandes villes, dans les quartiers les plus pauvres sont au premier plan des deux crises : confinement impossible et extrême fragilité économique…

Les gouvernements de tout le continent ont décidé très vite de se confiner… autant que possible avec une vraie volonté et une forte énergie politique… les populations, dociles souvent, s’y sont pliées ; notamment les classes moyennes, nombreuses malgré tout. Mais les zones périphériques tiendront elles le coup dans des pays où les réserves sont faibles et donc la capacité d’aide l’est tout autant. Au même moment, les bailleurs de fonds européens et américains sont concentrés sur leurs zones, leur maison… quelles ressources pour le continent ?

 

Le monde d’après…

Alors que les optimistes pensent déjà au monde d’après avec une impatience certaine, le continent doit aussi déjà y penser… une opportunité pour le continent… le problème, c’est tout d’abord de savoir affronter cette crise sanitaire et en avoir les moyens. Les milliardaires donnent timidement quelques millions pour la conscience tout comme les Etats. Il est vrai que le nombre de malades est encore faible… le nombre de tests effectués aussi. Je crains donc qu’à travers ce peu de moyens se cachent la conviction bien fragile (nous le savons maintenant) que tout cela n’est pas bien grave. Si la volonté politique est là, si les populations tentent de jouer le jeu du confinement, y croit-on vraiment ? habitués du palu, de la fièvre jaune, des crises sanitaires parfois effrayante et finalement vaincue telles qu’Ebola, les africains y croient-ils à ce danger sanitaire… sans doute doutent ils encore un peu ? Nous avons vu que le doute a jeté de nombreux pays dans la crise. Ce doute a été sous doute construit par la manipulation des chiffres chinois qui ont longtemps fait croire qu’au final, cela tuait peu… on sait que ce n’est pas vrai aujourd’hui… trop tard pour l’Europe, pas encore pour l’Afrique. Profitons-en pour prendre tout cela au sérieux.

Le monde d’après se dessinera aussi après cette crise ; le repli sur soi appellera ou pas le fédéralisme, la coopération intra africaine dans tous les domaines de la vie… le continent devra sans doute se réinventer et reprendre sa marche vers le développement et la croissance pour peut être aussi croître autrement… développement durable, économie de l’écologie (solaire, éolien ou autre), systèmes et modèles sociaux à réfléchir, éducation à totalement repenser aussi car elle est la clé de tout développement, bien être et vertu du bien être dans le développement commun… ne pas se transformer en usine du monde mais en un autre modèle, sauter des étapes et aller directement sur la case développement durable de la société en accord avec une nature encore largement préservée sur le continent… ou pas. Ou conserver cette course effrénée et égoïste vers un enrichissement individuel, massif et bien voyant… La crise économique qui arrivera sans doute nécessitera une remise en cause des modèles de répartition des richesses pour le bien commun… ou pas et l’on continuera vers une voie dont on n’ose imaginer l’issue…

 

Le mirage chinois :

Il est intéressant de voir que la Chine arrive telle une sauveuse du continent avec ses masques et autres matériels pour sauver l’Afrique. On ne va pas cracher dessus… l’initiative du milliardaire Jack Ma est à ce titre notable mais celle du gouvernement chinois également… preuve s’il en est qu’ils savent ce que cette maladie, ce virus, est vraiment capable de faire en Afrique. Les coupables de mensonges, d’un mensonge meurtrier sont aujourd’hui les infirmiers du monde… de là à faire oublier le péché originel… faut quand même pas pousser. Mais en même temps, face au besoin impérieux de matériel, de moyens pour maintenant et pour plus tard, nombreux sont les pays (et pas seulement africains) qui oublieront le péché original de l’empire du milieu….

La solution à ce virus que ce soit des test, des traitements ou des vaccins est encore inconnue ; l’issue est aussi incertaine… l’épilogue est aussi inconnu même si à cette heure, on peut craindre le pire. Mais il n’est pas interdit de construire sur les ruines de ce cataclysme, une Afrique nouvelle, une volonté commune de grandir à sa façon, avec le monde mais aussi différemment du monde… il n’est pas interdit de penser que le meilleur peut advenir mais pour cela, il va falloir mettre ses mains dedans, réfléchir, construire et penser au bien commun tout en pensant au sien… une révolution positive peut advenir… ou pas. Nous le verrons bien.

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